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11
septembre: l'enquête au coeur de la présidentielle américaine.
WASHINGTON
- Les actuels responsables américains de la Défense et du département d'Etat
et leurs prédécesseurs ont défendu mardi leur position devant la commission
d'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001, chargée de déterminer si
tout a bien été fait pour les prévenir.
A
huit mois de l'élection présidentielle, le secrétaire d'Etat Colin Powell et
le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, seront eux aussi interrogés sur
les mesures prises en matière de sécurité avant ces attaques, qui ont fait
environ 3.000 morts.
Ces
témoignages interviennent au lendemain de la publication d'un ouvrage qui
fait sensation aux Etats-Unis.
Richard Clarke, ancien expert des questions terroristes à la Maison blanche,
y accuse l'administration Bush d'avoir négligé la menace des activistes
islamistes avant le 11 septembre 2001 et d'avoir privilégié l'Irak comme
"cible" - non le réseau Al Qaïda - au lendemain de ces sanglantes attaques
qu'elle a voulu à tout prix lier au régime de Bagdad.
Ce
lien n'a cependant jamais été vérifié, et de nombreux experts doutent que
l'ancien président irakien Saddam Hussein - un laïc - et les activistes
islamistes du réseau Al Qaïda aient jamais uni leurs forces.
Clarke, qui a servi sous quatre administrations successives, a quitté son
emploi à la Maison blanche il y a un an, en février 2003, au moment du
transfert de ses services au ministère de la Sécurité intérieure
nouvellement créé.
Le
prédécesseur de Powell au département d'Etat, Madeleine Albright, a défendu
le bilan de l'administration démocrate de Bill Clinton en matière de lutte
contre le terrorisme, ajoutant qu'il s'agissait là de l'une de ses
priorités.
Elle a expliqué qu'elle-même, ainsi que d'autres responsables de
l'administration Clinton, s'étaient préparés à donner le feu vert à une
opération contre d'Oussama ben Laden, le chef d'Al Qaïda, entre les
attentats à la bombe contre les ambassades des Etats-Unis à Nairobi et Dar
es Salaam (1998) et le départ de Clinton.
"Le
président était prêt à ordonner une action militaire visant à capturer ou
tuer Ben Laden. Si nous avions disposé des renseignements nécessaires, nous
l'aurions fait (...) et j'aurais résolument soutenu cette démarche",
dit-elle.
UN
THEME CENTRAL DE LA CAMPAGNE
La
commission d'enquête a entamé ses audiences par la présentation d'un rapport
révélant notamment que l'administration Bush n'a défini un plan d'action
contre Al Qaïda qu'à la veille des attentats suicide du 11 septembre 2001.
Ce
document pourrait soulever de nouvelles interrogations sur les déclarations
de Bush dans le cadre de sa campagne, selon lesquelles il aurait fait tout
ce qu'il fallait pour protéger le peuple américain.
On
y apprend en effet qu'une réunion des responsables de l'administration Bush,
le 10 septembre 2001, accoucha d'un plan prévoyant de dépêcher dans un
premier temps un émissaire à Kaboul pour donner la possibilité aux taliban -
qui protégeaient Ben Laden - d'expulser le chef et les membres d'Al Qaïda de
l'Afghanistan.
En
cas d'échec de cette approche, des pressions devaient être exercées sur les
taliban par les canaux diplomatiques, et un soutien devait être fourni en
sous-main aux factions afghanes opposées aux taliban, indique le rapport.
En
dernier recours, poursuit-il, Washington comptait chercher à renverser le
régime des taliban "au moyen d'une action plus directe".
A
moins de huit mois de l'élection présidentielle, le dossier de la sécurité
nationale s'est imposé comme l'une des questions centrales de la campagne.
Pour les démocrates, Bush n'a pas accordé assez d'importance à la lutte
contre le terrorisme et s'est trop concentré sur l'Irak. Les républicains
renvoient l'accusation à l'administration Clinton, qui n'aurait pas
suffisament travaillé sur la menace que représentait Al Qaïda.
La
Maison blanche a rapidement contre-attaqué après la parution de l'ouvrage de
Clarke, "Against All Enemies" (Contre tous les ennemis), qui s'est d'emblée
installé en haut du classement des meilleures ventes de livres.
Selon elle, l'administration Bush a dès le début pris au sérieux la menace
que représentait Al Qaïda et commencé presque immédiatement à travailler sur
une stratégie pour éliminer le réseau de Ben Laden.
La
Commission nationale sur les attentats terroristes contre les Etats-Unis
doit rendre son rapport le 26 juillet, qui est également la date du début de
la convention démocrate lors de laquelle John Kerry sera officiellement
investi candidat à la présidentielle.
source libération 23 mars.
par
Tabassum Zakaria |