Clarke enfonce le clou :

Devant la commission d'enquête indépendante, cet ancien conseiller de George Bush
a accusé le président d'avoir "sapé" la lutte contre le terrorisme.
Un ancien haut responsable
de l'administration Bush a sévèrement accusé mercredi la Maison Blanche
d'avoir "sapé" la lutte contre le terrorisme et d'avoir sous-estimé la
menace posée par Al-Qaïda.
Richard Clarke, chargée de la lutte antiterroriste à la Maison Blanche avant
de démissionner en 2003, témoignait au Congrès devant la commission
indépendante chargée d'enquêter sur les circonstances des attentats de 2001.
Des excuses
A
cette occasion, il a été le premier responsable américain à présenter ses
excuses aux familles des victimes de la tragédie, dont des représentants se
trouvaient dans la salle des débats de cette commission de dix membres.
"Votre gouvernement a échoué. J'ai échoué. Nous avons pourtant fait des
efforts. Ceux à qui vous avez accordé votre confiance pour vous protéger ont
échoué", a dit l'ancien responsable la gorge serrée par l'émotion.
Mais Richard Clarke, également chargé de la lutte antiterroriste à la Maison
Blanche dans les administrations de Bush père et de Bill Clinton et auteur
d'un livre "Against All Enemies" (contre tous les ennemis), réquisitoire sur
la politique antiterroriste du président Bush qu'il accuse d'avoir manqué de
détermination face à Al-Qaïda et d'avoir été obsédé par l'Irak, ne s'est pas
contenté de ces paroles de réconfort.
"En envahissant l'Irak, le président des Etats-Unis a grandement sapé la
guerre contre le terrorisme", a martelé M. Clarke, jetant un froid de
plusieurs secondes parmi les membres de la commission.
Selon lui, l'administration Bush "pendant les huit premiers mois de son
mandat considérait le terrorisme comme un important problème mais non
urgent".
Il a assuré avoir "essayé" avec le directeur de la Centrale américaine du
renseignement George Tenet, qui a comparu devant la commission mercredi
matin, "de faire comprendre l'urgence" du problème à l'équipe Bush.
Clarke, qui a pris soin de préciser "sous serment" qu'il n'était pas partie
prenante de la campagne du sénateur démocrate John Kerry, candidat à la
présidentielle 2004 contre le républicain George W. Bush, a estimé en
contrepartie que l'administration Clinton avait fait preuve d'une
"compréhension aiguë de la menace terroriste, particulièrement Al-Qaïda".
Dès le 24 janvier
Après l'entrée en fonctions du président Bush en janvier 2001, M. Clarke a
affirmé qu'il avait demandé dès le 24 janvier une réunion d'urgence au plus
haut niveau sur la menace Al-Qaïda. Cette réunion, selon lui, ne lui sera
accordé que le 4 septembre 2001, une semaine avant les attentats.
Depuis dimanche dernier, M. Clarke est omniprésent dans les médias
américains. La Maison Blanche a contre-attaqué avec vigueur ces accusations,
en affirmant qu'il avait des motivations politiques à moins de 8 mois de la
présidentielle.
Plus tôt, le directeur de la CIA avait avoué la confusion qui régnait au
sein de ses services et de ceux de la police fédérale (FBI) avant les
attentats.
"Nous étions emmenés de menace en menace.
Du coup le pays n'était pas protégé systématiquement car même en courant
après toutes ces menaces, parfois jusqu'au bout, nous nous sommes épuisés",
a poursuivi George Tenet.
Ce qui manquait à la CIA, a-t-il dit, c'est "le secret nous disant quel
complot était en préparation".
La menace que constituaient alors le réseau Al-Qaïda et son chef Oussama ben
Laden était pourtant connue des Etats-Unis, comme en a témoigné l'ancien
conseiller pour la sécurité nationale de Bill Clinton, Sandy Berger.
"Il ne pouvait y avoir aucun doute sur l'intention du président Clinton
quand il a envoyé 60 missiles de croisière Tomahawk sur ben Laden en août
98", après les attentats d'Al-Qaïda contre deux ambassades américaines en
Afrique, a dit M. Berger.
"Je vous assure que ce n'était pas pour lui remettre un mandat d'arrêt", a
ajouté l'ancien haut responsable de l'administration démocrate. "Notre
intention était bien de le tuer".
NOUVELOBS.COM | 25.03.04 | 08:00 |