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Bush accusé de n'avoir pas pris al-Qaida au sérieux avant le 11 septembre : La Maison-Blanche déstabilisée de l'intérieur.

La charge a un air de déjà-vu : un ancien membre de l'Administration Bush raconte dans un livre son expérience au côté du président, et le portrait qui en ressort est si dévastateur que toute la Maison-Blanche monte au créneau pour discréditer son auteur.

Cela s'était passé en janvier avec Paul O'Neill, l'ancien secrétaire au Trésor, et sa description d'un George W. Bush inattentif, mal informé et obsédé par Saddam Hussein. Cette fois, l'accusation est confirmée sur l'Irak, mais elle va beaucoup plus loin et touche au socle même sur lequel le «président de guerre» a décidé d'appuyer sa campagne électorale. Selon Richard Clarke, coordinateur de la lutte antiterroriste au sein du Conseil national de sécurité jusqu'à sa démission l'année dernière, le président sortant a tout faux dans le domaine où il se prétend le plus fort : son premier spot télévisé le dépeignait, sur fond de World Trade Center en flammes, comme «un leader solide en des temps de changement».

Rien n'est plus loin de la vérité, écrit Richard Clarke dans son livre paru hier : Contre tous les ennemis : au coeur de la guerre de l'Amérique contre la terreur (Free Press). Selon lui, George Bush n'a pas pris au sérieux la menace d'al-Qaida avant les attentats du 11 septembre 2001, malgré des «mises en garde répétées» ; il est resté obsédé par l'Irak après les attaques, contre l'avis des services de renseignements ; il a finalement déclenché «une guerre coûteuse et inutile en Irak», qui a donné aux terroristes «exactement ce qu'ils voulaient», exacerbant les sentiments antiaméricains dans le monde et détournant l'attention de la véritable cible. «Je trouve scandaleux que (Bush) prétende récolter les fruits politiques de ce qu'il a fait contre le terrorisme, a déclaré Richard Clarke dimanche, devant les 16 millions de téléspectateurs de «60 Minutes» sur CBS. Il l'a ignoré. Il a ignoré le terrorisme pendant des mois quand peut-être nous aurions pu faire quelque chose pour empêcher le 11 septembre.» C'est, à ce jour, la plus grave accusation portée contre le président en campagne. Elle émane d'un homme de l'intérieur, qui a passé trente ans à servir quatre Administrations, de Reagan à Clinton et Bush père et fils. Il avait ouvertement voté républicain en 2000 et avait assez de crédit professionnel pour que Condoleezza Rice, à la tête du Conseil national de sécurité, lui laisse diriger les opérations dans les premières heures qui ont suivi les attaques de New York et de Washington.

Le coup est en outre porté au pire moment, alors qu'on recense les hésitations et les incohérences dans la réaction à chaud de l'Administration, jetant une ombre sur un président qui croyait avoir eu rendez-vous avec l'histoire. La commission d'enquête spéciale, chargée de faire la lumière sur ce que la Maison-Blanche savait de la menace et sur la façon dont elle a réagi aux attentats, a entamé hier les auditions publiques de hauts responsables anciens et actuels (notamment Madeleine Albright et Colin Powell pour le département d'État, William Cohen et Donald Rumsfeld pour celui de la Défense). Elle doit entendre Richard Clarke aujourd'hui, également en public.

Répétera-t-il aux élus des deux partis qui y siègent quelques-unes des anecdotes contenues dans son livre ? Le 12 septembre 2001 au soir, dans la pièce de la Maison-Blanche où se tiennent les réunions de crise, George Bush prend à part quelques experts de l'antiterrorisme et leur dit : «Passez tout en revue de nouveau, tout. Regardez si Saddam est responsable.

– Mais, monsieur le président, al-Qaida est responsable.

– Je sais, je sais... mais vérifiez si Saddam est mouillé. Regardez. Je veux tout savoir.» Puis, avant de quitter la pièce : «Cherchez sur l'Irak, Saddam», répète-t-il d'un ton agacé, pointant sur Clarke un doigt menaçant. Ce dernier cite quatre témoins dont deux ont déjà confirmé ses dires.

Dans les jours qui suivent les attentats, Richard Clarke, pourtant considéré comme un faucon lors de la première guerre du Golfe en 1991, «réalise avec une souffrance presque physique» que l'entourage de Bush cherche tous les prétextes pour frapper l'Irak. Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, argue «qu'il n'y a pas de bonnes cibles en Afghanistan et qu'on devrait envisager de bombarder l'Irak à la place.» Son adjoint, Paul Wolfowitz, met en doute qu'un «groupe terroriste à lui seul» ait pu monter des attentats «aussi sophistiqués, compliqués», insinuant que Saddam y est forcément mêlé.

Le tableau ainsi brossé risque de faire mal en période électorale. Signe qui ne trompe pas, tous les ténors de l'Administration sont montés en ligne contre Clarke, l'accusant pêle-mêle d'incompétence, d'arrière-pensées politiques, de colporter des mensonges pour faire la promotion de son livre, d'être devenu revanchard parce qu'une promotion lui avait été refusée, et même, péché mortel, d'avoir un ami dans l'équipe de campagne du candidat démocrate, John F. Kerry. Ce dernier, en vacances au ski dans l'Idaho, lit tranquillement le livre avant de réagir. Mais l'impact se fait déjà sentir : alors que l'équipe Bush avait réussi à redresser la barre dans les sondages, au prix de coûteux spots télévisés attaquant la personnalité de Kerry, le président sortant se retrouve une nouvelle fois sur la défensive.
source le figaro Washington : de notre correspondant Philippe Gélie [24 mars 2004]

 
Richard Clarke Le livre
l'enquête au coeur de la présidentielle américaine
Bush accusé de n'avoir pas pris al-Qaida au sérieux avant le 11 septembre
Clarke enfonce le clou :
La traque de Ben Laden
 
    

 

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