On se souvient de la seconde Jessica Lynch:
hospitalisée par les Irakiens après des fractures liées à l'accident du
Humvee (une grosse jeep blindée) de son unité, veillée par une infirmière
dévouée, récupérée par un commando américain qui, contrairement à ce que
pouvait laisser penser la mise en scène dramatique du sauvetage, n'a
rencontré aucune résistance: ce fut la version corrigée, après enquête de la
BBC et d'Associated Press.
Révélation choquante. Cette semaine, le mythe est à nouveau écorné, et
une troisième Jessica Lynch apparaît : une jeune femme débordée par sa
médiatisation. Une biographie est sortie en librairie, hier, jour des
anciens combattants aux Etats-Unis. Une fiction racontant son sauvetage a
été diffusée dimanche par le réseau NBC, drainant quin ze millions de
téléspectateurs. Jessica Lynch a été accueillie, lundi soir à New York, aux
côtés de Britney Spears et d'autres stars, à une soirée organisée par le
magazine Glamour consacrée aux «femmes de l'année».
Pendant ce temps, le roi du porno Larry Flynt affirmait avoir mis la main
sur des photos montrant l'héroïne «topless» en compagnie de deux
soldats, prises avant son départ pour l'Irak. Ces photos «prouvent
qu'elle n'est pas Jeanne d'Arc», aurait estimé Flynt, qui promet
toutefois de ne pas les publier...
Muette jusqu'à présent, Jessica Lynch a décidé de raconter son histoire.
Elle a participé à sa biographie, titrée Je suis soldat, moi aussi: la
vraie histoire de Jessica Lynch, et rédigée par le prix Pulitzer Rick
Bragg, ancien journaliste au New York Times. Une révélation choquante
a permis de doper le lancement du livre: Jessica aurait été violée,
sodomisée après sa capture. L'auteur du livre se fonde sur les dires des
médecins américains qui évoquent une «possibilité». Les médecins
irakiens qui ont soigné l'Américaine démentent. Lorsqu'ils l'ont traitée,
Jessica Lynch souffrait de dix fractures: «Si elle avait été violée, elle
n'aurait pas pu survivre. Elle était entre la vie et la mort. Quel animal
aurait pu songer à faire cela?», a déclaré le Dr Mahdi Khafazji, qui l'a
opérée. Jessica Lynch, elle, ne se souvient plus de rien.
Petits mensonges. Second choc de la semaine: hier soir, sur ABC, Jessica
Lynch, qui se définit «comme une survivante», a reproché au Pentagone
d'avoir filmé son sauvetage à des fins de propagande: «Ça m'ennuie qu'ils
m'aient utilisée comme symbole de tout ce truc. Je veux dire, c'est pas
bien... Je ne sais pas ce qu'ils.. pourquoi ils ont filmé..»,
déclare-t-elle à la journaliste vedette Diana Sawyer. Jessica Lynch revient
également sur les petits mensonges initiaux du Pentagone, démentant la
réalité de son prétendu combat héroïque au moment de l'attaque du Humvee.
Son arme, dit-elle, était enrayée. «Je n'ai pas tiré, pas une rafale,
rien», raconte-t-elle, en se décrivant comme un soldat au mauvais
endroit au mauvais moment: «Je ne veux pas avoir le crédit de quelque
chose que je n'ai pas fait.» A l'hôpital, elle n'a pas été maltraitée,
pas même giflée. Une infirmière lui chantait des chansons. Lynch avait très
peur, elle affirme qu'elle ne cessait de répéter: «S'il vous plaît, ne me
faites pas de mal.»
Double traitement. Une autre polémique mettant en cause le Pentagone est
en train de gonfler. Shoshana Johnson, une jeune militaire appartenant à la
même unité que Lynch, avait également été blessée et faite prisonnière par
les Irakiens le 23 mars. Tout le monde a oublié cette autre héroïne, ce qui
irrite la communauté afro-américaine. En effet, Shoshana Johnson, née à
Panama, est noire. Elle a été blessée par balles aux chevilles. En guise
d'indemnité pour invalidité, elle touche 30 % de sa solde, alors que Jessica
Lynch, elle, a droit à 80 %. Plusieurs personnalités noires ont dénoncé le
«racisme» de ce double traitement. La famille de Johnson, basée à El
Paso (Texas), a accepté les services du révérend et militant démocrate Jesse
Jackson pour tirer l'affaire au clair. Le Pentagone dément toute
discrimination: «Chaque soldat est traité également après examen par un
bureau d'évaluation physique.» Johnson entend faire appel de la décision
de la commission dans les jours qui viennent.