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La commission d'enquête sur le 11 septembre dément les liens entre l'Irak et Al-Qaeda.
Bush perd un nouvel atout dans sa guerre contre le «mal»
Par Pascal RICHE
jeudi 17 juin 2004 (Liberation)
Washington de notre correspondant

Nouveau coup dur pour George W. Bush : la commission d'enquête sur le 11 septembre, formée de dix personnalités démocrates et républicaines, estime qu'il n'y a «pas de preuve crédible que l'Irak et Al-Qaeda aient coopéré pour attaquer les Etats-Unis». Certes, lit-on dans un rapport préliminaire, «Oussama ben Laden a exploré la coopération possible avec l'Irak lorsqu'il était au Soudan, malgré son opposition pour le régime laïc de Saddam Hussein». Mais à l'époque, Ben Laden soutenait en fait les islamistes opposés à Saddam dans le Kurdistan. Il avait accepté de nouer contact avec Bagdad pour satisfaire une demande du pays qui l'accueillait, le Soudan, qui cherchait à protéger ses liens avec l'Irak. Un responsable du renseignement irakien aurait rendu trois fois visite à Ben Laden au Soudan, en 1994. Ben Laden aurait demandé des terrains pour ses camps d'entraînement et des armes, mais l'Irak n'aurait jamais répondu.

Soutien officiel. «Si des contacts ont également eu lieu entre l'Irak et Al-Qaeda après le retour de Ben Laden en Afghanistan, ils n'ont apparemment pas débouché sur une collaboration», estime le rapport. La commission estime qu'aucun gouvernement ­ y compris l'Arabie Saoudite ­ n'a soutenu financièrement les attentats du 11 septembre. Le seul soutien officiel a été celui de l'Afghanistan, qui offrait l'asile à Ben Laden. Le rapport épingle au passage le Pakistan : «La capacité des talibans à fournir un abri à Ben Laden face à la pression internationale et aux sanctions des Nations unies a été considérablement facilitée par le soutien du Pakistan.»

L'administration américaine continue pourtant de soutenir mordicus la thèse du lien Al-Qaeda-Irak. A défaut d'avoir trouvé des armes de destruction massive, c'est le seul argument restant pour justifier sa guerre. Lundi, le vice-président Dick Cheney a de nouveau parlé des «liens établis de longue date» entre Saddam Hussein et Al-Qaeda... Mardi, un journaliste a demandé au président Bush quel était la «meilleure preuve» d'un tel lien. Réponse de ce dernier : «[Abou Moussad] Zarqaoui» et «l'échange d'e-mail» entre le terroriste et la direction d'Al-Qaeda, sur la méthode à employer pour compromettre les progrès en Irak. La commission doit rendre son rapport final fin juillet.

 

11-Septembre: Ben Laden avait vu plus grand
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Selon la commission d'enquête sur les attentats du 11-Septembre 2001, Al-Qaeda comptait dès 1999 projeter une douzaine d'avions détournés contre des objectifs aux Etats-Unis et perpétrer des attentats en Asie. Par Fabrice ROUSSELOT jeudi 17 juin 2004 (Liberation.fr)
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Un complot bien plus vaste que les seules attaques contre New York et Washington, une nouvelle chronologie des faits et une implication beaucoup plus directe d'Oussama Ben Laden dans la direction des opérations... Publiés en marge des auditions qui ont eu lieu jeudi et mercredi à Washington, les rapports préliminaires rendus publics par la commission du 11-Septembre jettent une lumière inédite sur les événements qui ont mené aux attentats d'Al-Qaeda.

Au delà même de la mise en cause du lien entre l'Irak et Al-Qaeda (lire Bush perd un nouvel atout dans sa guerre contre le «mal»), les documents révèlent notamment qu'Oussama Ben Laden a donné son accord à l'utilisation d'avions pour attaquer les Etats Unis «au début 1999», lors de la visite dans un camp de Kandahar, en Afghanistan, de l'un de ses lieutenants, le Koweïtien Khalid Cheikh Mohammed, capturé au Pakistan l'an dernier. Le leader terroriste aurait alors passé outre les objections de certains de ses proches, dont le Mollah Omar, qui craignaient les représailles des Etats Unis.

Mais le plan d'attaque était déjà en préparation depuis plusieurs années. La commission, qui est chargée de faire la lumière sur le 11-Septembre et dont le rapport final est attendu fin juillet, a ainsi basé une large partie de son travail sur les «révélations» de Cheikh Mohammed. Lors de nombreux interrogatoires, ce dernier aurait confié avoir imaginé dès 1995, alors qu'il était basé à Manille, de détourner 12 avions américains pour les crasher au milieu de l'océan Pacifique.

Après la réunion de Kandahar, c'est Ben Laden qui semble de plus en plus pressé. Dans plusieurs camps d'Al-Qaeda en Afghanistan, des volontaires prennent des cours d'anglais, apprennent à faire des réservations au téléphone et jouent avec des jeux vidéo simulant des atterrissages. Ben Laden évoque alors des attaques pour «l'été 2000». Le plan consiste en des détournements d'avions et des attaques aux Etats Unis, mais aussi en Asie du sud-est. Puis début 2001, Ben Laden penche pour une série d'attaques contre New York et Washington, aussitôt suivie d'attentats en Californie et dans l'Etat de Washington, sur la côte ouest. A deux reprises encore, d'après la commission, il pousse pour intervenir dès le mois de mai, mais personne n'est vraiment prêt.

Durant l'été 2001, tout va presque capoter, du fait de nombreux désaccords entre les futurs pirates de l'air. Le leader de l'opération aux Etats Unis, l'Egyptien Mohammed Atta, commence à avoir des doutes sur un Libanais du nom de Ziad Jarrah. Ce dernier ne semble plus sûr de vouloir participer à l'opération et passe de plus en plus de temps à rendre visite à sa petite amie en Allemagne. Selon les rapports, Cheikh Mohammed aurait alors songé, en juillet 2001, à remplacer Jarrah par le Français Zacarias Moussaoui, seul inculpé aux Etats Unis en relation avec le 11-Septembre. Au final, c'est Atta qui aurait choisi la date du 11-Septembre, et les cibles (World Trade Center, Pentagone et Capitole - apparemment la destination de l'avion qui s'est écrasé en Pennsylvanie).

Jeudi, dans un nouveau rapport, la commission a également assuré que la défense aérienne américaine «n'était absolument pas prête» à des attentats de grande envergure aux Etats-Unis. Témoignant à Washington, le général Richard Myers, le chef d'état major interarmées, a reconnu qu'à l'époque, l'Amérique s'attendait plutôt à une action d'Al-Qaeda «dans la péninsule arabique». Selon le rapport, la confusion était telle que le vice président Dick Cheney a cru un moment que deux jets américains avaient abattu deux avions commerciaux quand le World Trade Center a été attaqué.

 

Bush réaffirme que Saddam était lié à Al-Qaïda

NOUVELOBS.COM | 17.06.04 |

Le président américain a répété jeudi que l'ancien dictateur irakien était en relation avec cette organisation terroriste. Il assure également que l'Irak "sera libre".

Le président américain George W. Bush a répété jeudi 17 juin que l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein était "en relation" avec l'organisation terroriste Al-Qaïda malgré la mise en doute de l'hypothèse d'une coopération entre l'Irak et le réseau Al-Qaïda par la commission d'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001. Il a par ailleurs réaffirmé que "l'Irak sera libre" quelques heures après qu'un attentat à la voiture piégée ait fait 35 morts et 141 blessés devant un centre de recrutement de l'armée irakienne à Bagdad.
"L'Irak sera libre et un Irak libre est dans l'intérêt de notre pays", a-t-il dit à l'issue d'une réunion de son gouvernement.
"Nous faisons des progrès vers ce que nous souhaitons" pour l'Irak, a-t-il dit avant d'ajouter que la guérilla ne "réussira pas".
Il a répété que l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein était "en relation" avec l'organisation terroriste Al-Qaïda malgré la mise en doute de l'hypothèse d'une coopération entre l'Irak et le réseau Al-Qaïda par la commission d'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001.
"La raison pour laquelle je continue d'affirmer qu'il y a eu un lien entre l'Irak et Saddam Hussein et Al-Qaïda, c'est parce que il y avait une relation entre l'Irak et Al-Qaïda", a-t-il insisté.

Commission d'enquête

L'hypothèse d'une coopération entre le régime de Saddam Hussein et le réseau Al-Qaïda, telle qu'elle est avancée par l'administration Bush, avait été mise en doute mercredi par un rapport préliminaire de la commission d'enquête indépendante sur les attentats du 11 septembre 2001.
La commission, formée de cinq démocrates et cinq républicains, a par ailleurs entendu des responsables qui ont mis en garde contre la probabilité d'un prochain attentat contre les Etats-Unis, certains attentats ayant déjà été déjoués.
Concernant l'Irak, le rapport préliminaire tout en faisant état d'informations sur des contacts entre l'Irak et le réseau d'Oussama ben Laden, indique ne pas avoir de "preuve crédible" que ce pays ait coopéré avec Al-Qaïda "pour perpétrer les attentats contre les Etats-Unis".
Ces déclarations contredisent les propos tenus par des membres de l'administration Bush avant et après l'intervention américaine contre le régime de Saddam Hussein qui faisaient justement état d'un lien étroit entre l'Irak et Al-Qaïda.

Powell maintient l'existence de liens

Dans une interview mercredi à la chaîne de télévision satellitaire qatariote Al-Jazira, le secrétaire d'Etat Colin Powell a soutenu "qu'il y a une relation, et nous avons vu ces relations entre Al-Qaïda et le régime de Saddam Hussein, et nous nous y tenons".
"Nous n'avons pas dit que cela était lié au 11 septembre (...) Nous avons indiqué que nous avons vu des liens terroristes avec Saddam Hussein et son régime, ainsi que quelques relations entre Saddam Hussein et Al-Qaïda", a-t-il dit.
Le président américain George W. Bush a dans le passé fait état de cette relation, notamment pour justifier le déclenchement de la guerre contre l'Irak. Son vice-président, Dick Cheney, avait affirmé de façon plus tranchée lundi que Saddam Hussein était un "parrain du terrorisme" qui avait "établi des liens de longue date avec Al-Qaïda".
Selon le rapport préliminaire de la commission, Oussama ben Laden a examiné la possibilité de coopérer avec l'Irak, à l'époque où il vivait au Soudan, "en dépit de son opposition au régime séculier de (Saddam) Hussein". Oussama ben Laden avait dans le passé soutenu les opposants islamistes aux régime de Saddam dans le Kurdistan irakien.

 
Les révélations d’un spécialiste du terrorisme
11 septembre: pourquoi la CIA ne savait rien

Minée par la crainte de nuire aux pays amis et l’obsession du «politiquement correct», la CIA est devenue une bureaucratie lourde, paresseuse, routinière, tout juste capable, dans les montagnes afghanes, de se livrer à une guerre bidon destinée à entretenir son mythe et à obtenir davantage d’argent du Congrès. C’est ce qu’affirme un ancien agent, Robert Baer, dont le livre*, qui a fait sensation aux Etats-Unis.

Le Nouvel Observateur.
– Vous avez travaillé plus de vingt ans à la CIA, jusqu’à votre démission en 1997. Spécialiste du monde arabo-musulman et du terrorisme, vous étiez, dit-on, l’un des meilleurs officiers traitants de l’agence. Aujourd’hui, vous attaquez très violemment votre ancien employeur. Selon vous, la CIA était totalement incapable de prévoir les attentats du 11 septembre. Pourquoi?
Robert Baer. – Comment aurait-elle pu savoir ce qui se tramait dans les groupes terroristes? Depuis plusieurs années, la CIA était aveugle et sourde. Avant le 11 septembre, elle n’avait aucune source sérieuse en Afghanistan – vous avez bien entendu: aucune. Ce n’est pas tout: l’agence n’avait aucune source d’importance en Arabie Saoudite, là où en coulisse tout s’est joué et se joue encore. Aucun agent dans la famille royale, aucun dans les mosquées intégristes, ni parmi les financiers de l’islamisme. Et bien entendu l’agence n’avait infiltré personne dans la communauté musulmane d’Allemagne, à Hambourg notamment, où les chefs des commandos suicides ont préparé leur opération… Bref, ce 11 septembre 2001, la «toute-puissante» CIA était totalement démunie.

N. O. – Elle avait les écoutes de la NSA…
R. Baer. – Oui, mais ces interceptions, parfois très utiles, ne sont jamais suffisantes, surtout quand l’ennemi est très méfiant et organisé, comme Al-Qaida. Croyez-moi, dans ce genre d’affaire, rien ne remplace les sources humaines, les agents infiltrés, et, aussi incroyable que cela paraisse, l’agence n’en avait pas.

N. O. – Pourquoi une telle défaillance?
R. Baer. – Après la chute de l’Union soviétique, la CIA a vécu, en quelques années, une incroyable décadence. Elle est devenue une bureaucratie lourde, paresseuse, routinière, craintive aussi. Le recrutement des sources, pourtant métier de base de l’espionnage, n’a plus été considéré comme la mission première des hommes de terrain. Avant, pendant la guerre froide, si vous parveniez à «retourner» un gradé soviétique, à en faire un agent, votre carrière était assurée jusqu’à votre retraite. Tous les officiers ambitieux avaient donc une seule obsession: recruter des sources. Mais, au début des années 90, tout a changé. Nombre de ces officiers qui savaient faire du recrutement «agressif» ont été envoyés en «formation» ou mutés dans des services administratifs, autrement dit on les a «placardisés».

N. O. – Pourquoi?
R. Baer. – Du haut en bas de la hiérarchie, le nouveau mot d’ordre a été: pas de vagues! L’action de la CIA ne devait en aucun cas risquer de nuire aux relations diplomatiques des Etats-Unis avec les pays amis. En Europe par exemple, nous avons réduit nos activités au minimum, en particulier après l’affaire Plagnol [NDLR: en 1995, «le Monde» a révélé que la CIA avait tenté de recruter un conseiller du premier ministre Edouard Balladur, Henri Plagnol, et que le gouvernement avait demandé le départ des officiers américains impliqués]. Après cet «incident», nous n’avons plus eu le droit de tenter en Europe la moindre opération un tant soit peu risquée diplomatiquement. Alors qu’en 1990 j’avais essayé de «retourner» un responsable du FIS à Lyon, après l’affaire Plagnol ce type d’approche est devenue impossible, aussi bien en France qu’en Allemagne. Et voilà pourquoi, même s’ils y avaient pensé, les patrons de la CIA n’auraient pas cherché à recruter des agents dans la mouvance islamiste à Hambourg.

N. O. – A vous entendre, tous les problèmes de la CIA venaient de la frilosité du Département d’Etat et de la Maison-Blanche…
R. Baer. – Non, cette frilosité n’est qu’une partie de l’explication. Il y a aussi des causes internes à la décadence de la CIA, et ce sont peut-être les plus graves.

N. O. – De quoi s’agit-il?
R. Baer. – Le règne du «politiquement correct» a miné l’Agence de l’intérieur.

N. O. – Qu’entendez-vous par «politiquement correct»?
R. Baer. – D’abord, il a fallu coûte que coûte promouvoir les femmes, que celles-ci soient compétentes ou non. Au milieu des années 90, il est devenu plus important à Langley de savoir si, dans l’organigramme de la CIA, la parité hommes-femmes était respectée que d’avoir de bonnes informations sur les groupes terroristes islamiques.

N. O. –Vous n’exagérez pas?
R. Baer. – Pas du tout! Vous voulez un exemple? Femme au foyer pendant des années, l’épouse d’un officier a, un jour, demandé un job à mi-temps à l’Agence pour arrondir ses fins de mois. Langley lui a alors proposé de mettre en forme les rapports de son mari. Quand celui-ci est parti à la retraite, elle a été engagée à temps plein. Aujourd’hui, elle est l’adjointe du patron de la division chargée de l’Arabie Saoudite et de l’Afghanistan. C’est elle qui dit aux officiers sur le terrain à Kandahar ou à Kaboul ce qu’ils doivent faire, alors qu’elle n’a jamais «traité» un agent, jamais, ni mis les pieds dans cette région du monde. C’est insensé, non?

N. O. – Le «politiquement correct» a fait d’autres dégâts, écrivez-vous dans votre livre.
R. Baer. – Oh oui! En 1995, sous la pression du Congrès, la CIA s’est débarrassée de tous ses agents ayant un «passé trouble» – c’est-à-dire 60% du stock… Les services spéciaux ne sont pas des organisations de boy-scouts, mais après tout c’était peut-être une bonne chose d’en finir avec certaines pratiques, de ne plus avoir à traiter avec certains personnages, criminels ou tortionnaires. Mais la notion de «passé trouble» a été trop floue: figurez-vous que nous avons dû aussi rayer de nos listes tous les agents de nationalité américaine qui avaient fraudé… le fisc! Par exemple, nous ne pouvions plus faire appel à un Afghan naturalisé américain qui avait des contacts à Kaboul si, un jour, celui-ci avait eu maille à partir avec les polyvalents! C’est incroyable, non? Et c’est pourtant ce qui s’est passé. Vous voulez un autre exemple des dégâts du «politiquement correct»? A la direction des opérations de la CIA, il y a deux sortes d’officiers, ceux de la catégorie B, qui sont envoyés à l’étranger, et les C, qui font leur carrière à Washington. Eh bien, toujours dans cet esprit d’«égalitarisme», les patrons de la CIA ont décidé que les uns et les autres recevraient le même salaire. Résultat: plus personne n’a voulu partir en mission! Il y a quelques années, j’étais en poste à Douchanbé au Tadjikistan. J’avais approché un officier russe qui disait faire partie d’un groupe désireux de renverser Boris Eltsine. L’homme était peut-être un affabulateur, mais cela méritait tout de même une enquête approfondie. J’ai donc demandé à Langley de m’envoyer un spécialiste de l’armée russe parlant parfaitement la langue, afin de débriefer cet officier. Eh bien, ils n’ont trouvé personne. Les russophones étaient soit en vacances, soit en formation, soit Dieu sait où… Un dernier exemple, plus grave encore? Toujours au Tadjikistan, des centaines de réfugiés afghans franchissaient chaque jour la frontière pour fuir la guerre civile. Je pensais qu’il était important que nous les interrogions pour savoir ce qui se passait en Afghanistan, et essayer de recruter des sources dans toutes les factions – cela aurait été bien utile quelques années plus tard… J’ai donc demandé la venue à Douchanbé d’un officier de la CIA parlant pachtoune pour faire le tour des camps de réfugiés. Mais au siège on m’a répondu qu’il n’y en avait pas et qu’on ne trouverait aucun volontaire pour suivre une formation dans cette langue. Pourquoi? Parce que celui qui parle pachtoune passe forcément une partie de sa carrière à Peshawar, et que désormais personne à la CIA ne veut s’installer dans un bled où l’on risque d’attraper des diarrhées… Six mois plus tard, le QG m’a rappelé. Ils m’ont dit qu’ils allaient m’envoyer quatre personnes. Des spécialistes en pachtoune? Non, une équipe chargée de nous expliquer les nouvelles règles en matière de harcèlement sexuel… Le résultat de cette politique désastreuse? Voyez ce qui se passe aujourd’hui en Afghanistan! Dépourvus de bonnes sources, traitées depuis des années, les commandos américains sur place ne savent pas où se cachent les hommes d’Al-Qaida et les chefs talibans, ni qui ils sont. Ils tuent donc des innocents, par erreur. Et entretiennent la haine, terreau du terrorisme…

N. O. – Autrement dit, vous ne croyez pas au succès de cette guerre contre le terrorisme.
R. Baer. – Mais tout cela n’est qu’un show, qui rapporte des millions de dollars à certains. Un show fait de morts innocents et de mensonges. On nous dit que des paramilitaires de la CIA, surentraînés et suréquipés, font le coup de poing dans les montagnes afghanes. C’est totalement faux! Je connais les paramilitaires de la CIA, ils sont comme moi, ils ont la cinquantaine bedonnante et ne sont plus capables de combattre, ce sont des spécialistes de la logistique, c’est tout. Cette prétendue guerre secrète à 5000 mètres d’altitude, c’est du bidon, de la manipulation pure et simple. Le but: entretenir le mythe de la CIA et ainsi obtenir encore plus d’argent du Congrès – qui s’est laissé berner.

N. O. – Dans votre livre vous dénoncez un autre pouvoir occulte: le lobby pétrolier.
R. Baer. – Les compagnies pétrolières disposent, au sein du pouvoir américain, d’une puissance que vous ne soupçonnez pas. Les majors du pétrole ont, par exemple, obtenu que nous ne travaillions pas en Arabie Saoudite. Et c’est pour cela que nous n’avons pas de sources dans ce pays clé pour le terrorisme islamique. Mais je ne peux pas en dire plus. La CIA qui, comme le prévoit la loi sur les services de renseignement, a relu mon livre, m’a d’ailleurs fait supprimer tous les passages concernant ce pays.

N. O. – Qu’avez-vous dû taire aussi dans votre ouvrage?
R. Baer. – Tout ce qui concerne mon travail de liaison avec des services spéciaux étrangers, mes communications avec certains groupes terroristes aussi. Je ne devais également rien révéler de nos couvertures et de nos capacités techniques.

N. O. – Ces capacités sont-elles aussi incroyables qu’on le soupçonne?
R. Baer. – Certaines sont effectivement sidérantes .

N. O. –Un exemple?
R. Baer. – Nos services techniques sont capables d’enregistrer notre conversation à une distance de 2 kilomètres, de numériser votre voix, de la reconstituer et de réaliser une bande magnétique vous faisant dire l’inverse de ce que vous m’avez effectivement dit… Vous imaginez l’utilité d’une telle technique dans certaines manipulations…

N. O. – Dans quel camp vous classez-vous politiquement?
R. Baer. – Dans aucun. A la dernière élection présidentielle, j’ai voté pour l’écologiste Ralph Nader. Propos recueillis par Vincent Jauvert (*) «La Chute de la CIA. Les Mémoires d’un guerrier de l’ombre sur les fronts de l’islamisme», par Robert Baer, traduit par Daniel Roche, Editions Jean-Claude Lattès, 396 p., 20 euros. Robert Baer, 49 ans, a travaillé à la CIA de 1976 à 1997. Arabophone, il était officier à la direction des opérations clandestines. Il a été notamment en poste au Liban, en Irak, en Asie centrale et à Paris. Il est aujourd’hui consultant. Son livre pourrait être adapté au cinéma par Steven Soderbergh.

 

11 Septembre: surprise totale et riposte improvisée aux attentats

[jeudi 17 juin 2004 - 20h15 heure de Paris]

Une jeune femme est aidée par un sauvetuer le 11 septembre à New York WASHINGTON (AFP) - Les attentats aux avions suicide du 11 septembre 2001 ont pris par totale surprise la défense aérienne américaine qui a été contrainte d'improviser des mesures d'urgence inefficaces, selon un rapport préliminaire d'une commission d'enquête indépendante publié jeudi.

Selon ce rapport de 29 pages, la procédure établie par la Federal Aviation Administration (FAA) et le North American Aerospace Defense Command (NORAD) se fondait sur l'hypothèse d'un détournement d'avion classique et non sur l'utilisation d'un appareil comme un missile.

"Le matin du 11 septembre, le protocole existant n'était adapté en rien à ce qui allait se passer", indique le rapport qui a été rendu public au début d'une journée de travail de la commission d'enquête composée de cinq démocrates et de cinq républicains qui doit remettre son rapport définitif à la fin juillet.

Des membres des familles des victimes, présents dans la salle des travaux de la commission, n'ont pu s'empêcher de pleurer en écoutant ces propos ponctués d'enregistrements des dialogues tendus des pilotes avec les tours de contrôle, des responsables de la défense anti-aérienne, ainsi que les propos cassants des pirates de l'air.

La FAA et le NORAD ont "bataillé, dans des circonstances difficiles, pour improviser une défense du territoire contre un défi sans précédent, auquel ils ne s'étaient encore jamais mesurés et pour lequel ils n'avaient jamais été entraînés", poursuit le rapport.

"Ce qui a suivi est une tentative d'établir dans l'urgence une défense improvisée par des responsables qui n'avaient jamais rencontré ou n'avaient pas été entraînés pour faire face à la situation qu'ils affrontaient".

Le document saisissant décrit le chaos qui s'est installé au niveau du commandement de la défense anti-aérienne et la réponse désordonnée au détournement de quatre avions de ligne, dont les deux qui se sont écrasés contre les tours-jumelles du World Trade Center à New York et le Pentagone, tuant quelque 3.000 personnes.

Au niveau des civils, les responsables ont tardé à réagir et à alerter les militaires pendant le déroulement des attaques, ce qui a encore compliqué les difficultés pour repérer tous les avions qui auraient pu être détournés, les pirates ayant éteint les transpondeurs de trois des avions-suicide, rendant impossible l'identification de leurs positions.

Illustration de cette absence totale de préparation: les indices sur une menace terroriste reçus par les militaires américains avant le 11 septembre 2001 laissaient attendre des attentats sur la péninsule arabique plus que sur le sol américain, selon l'aveu du chef d'état major interarmées américain, le général Richard Myers, jeudi devant la commission.

Selon le rapport, la Maison Blanche n'a été informée des détournements qu'après le crash du premier avion dans l'une des tours du WTC, alors que le directeur de la FAA et son adjoint ont appris la catastrophe en voyant ce même crash à la télévision.

Le rapport décrit également le drame à la Maison Blanche, lorsque le vice-président Dick Cheney a donné l'ordre de faire abattre le vol 93 de United Airlines qui fonçait vers Washington, alors que le président George W. Bush se trouvait en visite dans une école, en Floride. L'appareil s'est finalement écrasé en Pennsylvanie après l'intervention des passagers.

Les aiguilleurs du ciel de la tour de Boston ont compris que le premier avion, le vol 11 d'American Airlines, avait été détourné à 08H21 mais n'en ont informé les militaires que 16 minutes plus tard, à 08H37.

Les premiers appareils d'interception F-15 ont reçu l'ordre de décoller à 08H46 au moment précis où le vol 11 heurtait l'une des deux tours du WTC, bien que les pilotes de la chasse américaine n'avaient aucune idée sur la façon dont ils devraient agir une fois en l'air, soit 7 minutes après que l'ordre soit tombé.

 

Le lien entre Al-Qaida et Saddam Hussein reste introuvable

LE MONDE | 17.06.04 |

Selon un rapport préliminaire de la commission d'enquête américaine sur les attentats du 11 septembre 2001, "aucune preuve crédible" n'atteste une collaboration entre l'ex-dictateur et le réseau terroriste qui, avec les armes de destruction massive, a servi de justification à la guerre en Irak.

New York de notre correspondant

"Nous n'avons aucune preuve crédible d'une collaboration entre le régime de Saddam Hussein et Al-Qaida pour attaquer les Etats-Unis", affirme un nouveau rapport intermédiaire rendu public, mercredi 16 juin, par la commission d'enquête indépendante sur les attaques du 11 septembre 2001. Elle a commencé, mercredi, ses deux derniers jours d'auditions et rendra ses conclusions le 26 juillet.

Selon ce rapport de 12 pages, intitulé "Overview of the Enemy" ("Aperçu de l'ennemi"), Oussama Ben Laden a brièvement exploré l'idée de nouer des liens avec l'Irak au milieu des années 1990. Mais il était fondamentalement hostile à un gouvernement arabe laïque, et Bagdad n'a jamais répondu aux demandes de soutien sous la forme de spécialistes pour entraîner ses hommes et de fourniture d'armes.

Le gouvernement soudanais, qui a abrité Al-Qaida de 1991 à 1996, a tenté de rapprocher l'organisation terroriste et Bagdad, mais sans succès. Il a persuadé Ben Laden de cesser de soutenir les opposants à Saddam Hussein et a "organisé des rencontres". Celles-ci n'ont débouché sur aucune coopération. "Il y a eu également des contacts après que Ben Laden était retourné en Afghanistan en 1996, mais, apparemment, ils ne se sont traduits par aucune collaboration."

Le rapport apparaît comme un démenti cinglant des déclarations faites encore au début de la semaine par le vice-président Dick Cheney affirmant l'existence de "liens de longue date" entre Al-Qaida et le régime de Saddam Hussein.

"TERRAIN FERTILE"

Le rapport apporte également des éléments nouveaux sur l'histoire du mouvement terroriste. "Contrairement à une idée populaire, Ben Laden n'a pas financé son réseau sur sa fortune personnelle" et n'aurait jamais reçu son héritage de 300 millions de dollars. La commission ajoute ne disposer d'aucune preuve du financement d'Al-Qaida par un gouvernement, mais souligne qu'il avait "un terrain fertile pour obtenir de l'argent" en Arabie saoudite. Plus de 20 000 hommes se seraient entraînés dans les camps de Ben Laden en Afghanistan entre mai 1996 et septembre 2001.

Le changement de stratégie du groupe, avec des attaques "préparées, dirigées et exécutées par Al-Qaida sous l'autorité de Ben Laden et de ses proches", remonte à août 1998 et aux attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, qui ont fait 224 morts et plus de 5 000 blessés. En janvier 2000, une tentative pour attaquer le navire de guerre USS The Sullivans a échoué. Le bateau utilisé, trop chargé en explosifs, a coulé. Dix mois plus tard, une opération similaire dans le port d'Aden au Yémen contre le USS Cole a réussi.

Aujourd'hui, "Al-Qaida cherche par tous les moyens à attaquer les Etats-Unis et faire le maximum de victimes". Le réseau a toujours l'ambition de mener un attentat chimique, biologique, radiologique ou nucléaire sur le sol américain. Depuis la défaite des talibans en Afghanistan, "son financement a diminué de façon significative", mais "il reste assez facile pour Al-Qaida de trouver les sommes relativement faibles nécessaires pour mener les attaques". L'organisation est aujourd'hui décentralisée. Les commandants opérationnels et les responsables de cellules prennent les décisions auparavant prises par Oussama Ben Laden.

DISSENSIONS INTERNES

La commission a également rendu public, mercredi, un autre rapport sur la préparation des attaques du 11 Septembre. Khalid Cheikh Mohammed, le cerveau des attaques contre New York et Washington, capturé en mars 2003 au Pakistan, avait envisagé de détourner jusqu'à dix avions qui devaient s'écraser sur des centrales nucléaires, sur le quartier général de la CIA et du FBI et sur des immeubles en Californie. Au lieu de 19 pirates de l'air, les terroristes participant aux attentats auraient dû être au moins 25. La commission a identifié une dizaine de membres d'Al-Qaida qui, pour différentes raisons, n'ont pu entrer sur le territoire américain.

Un autre projet aussi abandonné consistait à détourner en même temps des avions commerciaux américains en provenance d'Asie du Sud-Est et à les faire exploser en vol au moment des attaques contre New York et Washington. Mais la préparation des attentats s'est heurtée "à des difficultés opérationnelles, des oppositions internes et des dissensions au sein même de la direction d'Al-Qaida". Oussama Ben Laden était impatient et aurait demandé à plusieurs reprises que les opérations aient lieu plus tôt. Khalid Cheikh Mohammed s'y serait opposé jusqu'à ce que quatre équipes, au moins, soient prêtes à détourner des avions.

Le rapport ne fait état, par ailleurs, d'aucune preuve accréditant la thèse d'une rencontre à Prague entre un haut responsable des services secrets irakiens et Mohammed Atta, un des 19 pirates de l'air du 11 Septembre, considéré comme le responsable de l'opération aux Etats-Unis. Il menait le premier avion, le vol 11 d'American Airlines, qui s'est encastré dans le World Trade Center. Toujours selon le document, le quatrième Boeing, le vol 93 d'United Airlines, qui s'est écrasé en Pennsylvanie, devait bien se diriger sur le Capitole. Oussama Ben Laden voulait frapper la Maison Blanche, mais elle était trop difficile à atteindre, selon Khalid Cheikh Mohammed.

Composée de dix membres (cinq démocrates et cinq républicains), la commission indépendante enquête depuis dix-huit mois. Ses rapports sont basés sur des témoignages recueillis et, surtout, des milliers de pages de documents classifiés du gouvernement et des services de sécurité et de renseignement américains. La majeure partie d'entre eux ne seront pas accessibles au public avant vingt-cinq ans. Un ordre signé en mars 2003 par George Bush a porté de dix à vingt-cinq ans le secret d'Etat protégeant ses archives.

Eric Leser

Des notes préliminaires

Les deux notes rendues publiques, mercredi 16 juin, par les services de la commission d'enquête sur les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ne sont pas des extraits du rapport final que la commission devra rendre le 28 juillet. Comme les quatorze autres notes qui les ont précédées, ces documents ont été rédigés par des membres du personnel (staff) recrutés par la commission indépendante pour aider ses dix participants - cinq démocrates et cinq républicains - dans leur travail. Le directeur du staff est Philip Zelikow, un historien de l'université de Virginie, qui a été membre de l'équipe de transition de George Bush à la Maison Blanche.

Le contenu de ces notes peut être ou ne pas être retenu dans le rapport final. Il reflète les convictions des enquêteurs à la date de parution. "Nous restons prêts à revoir notre appréciation du sujet au fil de notre travail", écrivent les signataires du rapport sur la préparation du 11 Septembre.

Le rôle présumé de Zacarias Moussaoui

Selon le rapport préliminaire de la commission indépendante, le Français Zacarias Moussaoui, accusé de complicité dans les attentats du 11 septembre 2001 par la justice américaine, aurait été envoyé aux Etats-Unis pour apprendre à piloter afin d'offrir une solution de secours.

Il s'agissait de prévenir une éventuelle défection de Ziad Jarrah, qui se trouvait aux commandes du vol 93 d'United Airlines qui s'est écrasé le 11 septembre en Pennsylvanie, après une révolte des passagers. Ziad Jarrah était en conflit avec Mohammed Atta, considéré comme le responsable opérationnel des attaques, et avait décidé pendant un moment de ne plus participer aux attentats.

Selon Khalid Cheikh Mohammed, Zacarias Moussaoui devait appartenir à une "seconde vague" de détournements et d'attentats sur la côte Ouest. - (Corresp.)

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18.06.04

 

Six milliards de dollars d'indemnisation pour les victimes des attentats 11 septembre

LEMONDE.FR | 16.06.04 |

L'indemnisation moyenne s'élève à 2 millions de dollars pour les familles de personnes mortes lors des attentats du 11 septembre 2001. Pour les demandes émanant de blessés, les indemnités vont de 500 dollars à 8,7 millions de dollars.

Le fonds d'indemnisation des victimes du 11 septembre 2001, mis en place par l'administration américaine, achevait, mardi 15 juin, sa mission, qui aura permis de verser environ 6 milliards de dollars (près de 5 milliards d'euros) aux blessés et proches des disparus des attentats.

Mardi à la mi-journée, le total versé était de près de 5,99 milliards de dollars, et pourrait passer à 6,9 milliards une fois les derniers dossiers bouclés, selon le ministère de la justice, responsable du fonds.

En dépit des réticences premières ressenties par beaucoup, 98 % des proches de disparus et des milliers de blessés avaient finalement déposé une demande auprès de l'organisme, qui devait fixer le sort des derniers dossiers avant mardi minuit (mercredi 6 heures à Paris). Les chiffres définitifs devaient être connus mercredi. Le fonds, créé par le Congrès américain, fonctionnera encore quelques semaines, le temps de régler les derniers paiements.

Au total, 7 393 demandes - dont 2 963 émanant de proches des disparus, les autres venant des blessés - ont été étudiées. Moins du tiers ont, depuis, été déclarées irrecevables, essentiellement celles de blessés n'ayant pu fournir de preuves suffisantes, beaucoup faisant état de difficultés respiratoires.

Selon le ministère de la justice, l'indemnisation moyenne s'élève à 2 millions de dollars pour les familles de personnes décédées (de 250 000 à 7,1 millions de dollars selon les cas, en fonction des situations familiales, patrimoniales, de l'âge, des revenus virtuels de la victime si elle était encore en vie...).

Sur les 4 430 demandes émanant de blessés, 60 % ont été jugées recevables, et les indemnités vont de 500 dollars à 8,7 millions de dollars. 8,6 millions de dollars, par exemple, sont allés à une jeune femme de 33 ans blessée aux jambes par des débris tombés du World Trade Center, qui lui ont valu plus d'un an d'hôpital.

"RÉSULTATS SPECTACULAIRES"

Vice-président du Trial Lawyers Care, groupe d'avocats bénévoles chargés d'assister les familles, Stephan Peskin se félicitait, mardi, de ces résultats : "Cela a été un peu les montagnes russes, mais nous sommes très satisfaits, les résultats sont spectaculaires."

De fait, les débuts du fonds ne sont pas allés sans difficulté, et nombre de victimes ont mis du temps à y souscrire. Le fait qu'il impose de renoncer aux poursuites contre les sociétés impliquées dans le drame (compagnies aériennes, responsables des sites ou de sécurité aéroportuaire) a été l'une des causes d'hésitation. Le fonds avait été créé par le Congrès quinze jours à peine après les attentats, pour empêcher des faillites majeures dans ces secteurs en raison des plaintes potentielles. Une centaine de victimes ont ainsi décidé de tenter la voie judiciaire, reprochant aux compagnies de n'avoir su prévenir les attaques.

Les familles ont aussi été confrontées à la culpabilité, ou à la difficulté d'accepter ou de faire leur deuil. D'autres jugeaient les indemnités trop faibles, ou trouvaient insultant qu'elles soient calculées selon les revenus, arguant que toutes les vies humaines ont la même valeur.

Ces hésitations avaient obligé le fonds à entreprendre une grande campagne d'explications, avec en première ligne son responsable, Kenneth Feinberg, loué depuis par les victimes comme par leurs avocats pour son ouverture et sa disponibilité.

2 973 personnes ont trouvé la mort et des milliers d'autres ont été blessées lors des attentats du 11 septembre 2001, à New York, au Pentagone et en Pennsylvanie, où s'est écrasé le quatrième avion détourné.

Alors que la mission du fonds arrive à son terme, suivant le calendrier fixé par le Congrès, la Commission d'enquête sur le 11 septembre 2001, chargée d'enquêter à tous les niveaux sur le drame, reprend quant à elle ses auditions publiques jeudi et vendredi à Washington. Elle doit remettre son rapport au président George W. Bush fin juillet.

Avec AFP

 

Comment les attentats du 11/9 ont été préparés

LE MONDE | 17.06.04 |

L'une des deux notes de travail rendues publiques par la commission d'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis fait le récit le plus complet publié jusqu'à ce jour de la genèse et de la préparation de ces attaques terroristes. Ce récit s'appuie très largement sur les compte rendus écrits des interrogatoires de membres d'Al-Qaida fait prisonniers et détenus, dans des lieux secrets, par les services de renseignement américains. Les deux principaux d'entre eux sont Khaled Cheikh Mohammed et Ramzi Ben Al-Chaiba. Toutes leurs affirmations n'ont pas pu être vérifiées, préviennent les enquêteurs.

Hésitations sur la date des attentats, débats sur les cibles, doutes sur la détermination ou les compétences de certains des recrues, dissensions à la direction d'Al-Qaida : l'historique des attaques fourni par les services de la commission d'enquête met en lumière les aléas de l'opération en même temps que la faculté d'adaptation de ceux qui l'ont préparée. "Finalement, souligne la note, le complot a prouvé qu'il était suffisamment flexible pour s'adapter et évoluer à mesure que les obstacles se présentaient."

LA MAISON BLANCHE POUR CIBLE

Le projet d'attentats a commencé à prendre forme au début de 1999, lorsqu'Oussama Ben Laden convoque l'un de ses lieutenants, Khalid Cheikh Mohammed, dans sa base de Kandahar, pour lui annoncer que sa proposition d'utiliser des avions comme des armes contre les Etats-Unis avait désormais le plein soutien d'Al-Qaida. Khaled Cheikh Mohammed, considéré par les auteurs de la note comme l'initiateur et le maître d'œuvre de l'opération, avait déjà proposé au chef du réseau terroriste une opération de ce type. Ben Laden l'avait écouté, mais sans s'engager.

Les préparatifs s'engagent rapidement. Lors d'une nouvelle rencontre, au printemps 1999, une première liste de cibles est discutée. Elle comprend, à la demande de Ben Laden, la Maison Blanche et le Pentagone, le Capitole, siège du Congrès américain, et, selon le souhait de Khaled Cheikh Mohammed, le World Trade Center. Ben Laden fournit très vite quatre candidats pour des attentats suicide. L'entraînement commence à l'automne, en Afghanistan. Khaled Cheikh Mohammed leur enseigne des rudiments d'anglais, l'usage d'un annuaire téléphonique, la façon de réserver des billets, l'usage d'internet et le codage des communications. Ils utilisent également des jeux basés sur des simulateurs de vol et analysent des tableaux d'embarquement pour s'essayer à deviner quels avions seraient en vol au même moment. Pendant ce temps, sont recrutés par Ben Laden les membres de la "cellule de Hambourg", dirigée par Mohammed Atta, qui sera le pilote du premier avion à percuter le World Trade Center.

La note de la commission raconte par le menu l'entrée des futurs terroristes aux Etats-Unis, leur installation, l'apprentissage, pour les futurs pilotes, sur des simulateurs de vol, l'achat des billets d'avion par internet, par téléphone ou dans des agences, le financement. Le coût total de l'opération est évaluée par les auteurs entre 400 000 et 500 000 dollars.

Pendant ce temps, l'ampleur de l'opération fait l'objet de nombreuses discussion. A l'origine, Khaled Cheikh Mohammed avait milité pour que l'attaque touche les côtes est et ouest des Etats-Unis, comprennent dix avions, et propose de prendre également pour cible la CIA, le FBI, des installations nucléaires et de grands immeubles en Californie et dans l'Etat de Washington. Il souhaite détourner lui-même un avion, en tuer tous les passagers masculins, faire une diatribe antiaméricaine et relâcher les femmes et les enfants. Ben Laden a finalement écarté cette idée.

La date de l'opération ne semble pas avoir été décidée plus de trois semaines avant la réalisation des attentats. Depuis des mois, Ben Laden faisait pression pour qu'elle ait lieu plus tôt : à la mi-mai, puis au printemps 2001. Mais les pilotes n'étaient pas encore prêts.

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18.06.04

 

Selon le "Washington Post", les attentats du 11 septembre 2001 étaient prévus plus tôt

LEMONDE.FR | 15.06.04

Si Ben Laden, chef de l'organisation terroriste Al-Qaida, voulait effectivement réaliser ces attentats en mai ou en juin, il a accepté de les reporter parce que le chef de l'équipe de pirates de l'air, Mohammed Atta, et d'autres membres du complot n'ont commencé qu'en mai à effectuer des vols de reconnaissance.

La commission d'enquête sur les attentats-suicides du 11 septembre 2001 détient des preuves montrant que les chefs d'Al-Qaida ont reporté l'opération, initialement prévue au printemps 2001, parce que le chef des pirates de l'air n'était pas prêt, rapporte mardi 15 juin le Washington Post.

Citant des sources non identifiées qui ont pris connaissance des conclusions de la commission d'enquête, le Washington Post écrit que le cerveau présumé du complot, Khalid Cheikh Mohammed, détenu par les forces américaines depuis mars 2003, a réussi à convaincre le chef d'Al-Qaida, Oussama Ben Laden, de reporter les attentats. Ceux-ci étaient initialement prévus en mai ou en juin.

Les preuves de ce report, obtenues auprès de prisonniers détenus par les forces américaines, devraient être examinées par les dix membres de la commission mercredi. Cette dernière tient cette semaine ses dernières audiences pour faire la lumière sur la manière dont Al-Qaida a réussi à déjouer la sécurité américaine pour perpétrer les attentats contre le Pentagone et le World Trade Center de New York, qui ont fait près de 3 000 morts, écrit le Washington Post. Jusqu'ici, précise le quotidien, les enquêteurs américains avaient évoqué des preuves indiquant que les attentats avaient été prévus aux environs du 11 septembre, et que si une autre date était envisagée, elle était ultérieure.

BEN LADEN A ACCEPTÉ UN REPORT DES ATTENTATS

Le Washington Post cite un responsable qui a pu consulter le projet de rapport de la commission, communiqué à des membres du gouvernement, selon lequel "des renseignements sont apparus indiquant qu'ils voulaient le faire plus tôt". "C'est vraiment quelque chose de nouveau", a-t-il ajouté.

Si Ben Laden voulait effectivement réaliser ces attentats en mai ou en juin, il a accepté de les reporter parce que le chef de l'équipe de pirates de l'air, Mohammed Atta, et d'autres membres du complot n'ont commencé qu'en mai à effectuer des vols de reconnaissance.

Selon certaines indications, la décision de reporter les détournements a été prise pour des raisons pratiques, et non en raison d'un renforcement de la sécurité au début de l'été 2001, selon le rapport.

La commission nationale sur les attentats terroristes contre les Etats-Unis doit rendre son rapport le 26 juillet. En un an et demi, elle a entendu un millier de personnes dans dix pays, notamment le président George W. Bush, qui a témoigné à huis clos.

Avec Reuters

 
    

 

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