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Pas au nom de
notre fils
Par M et Mme Rodriguez
Notre fils Greg fait partie des nombreux disparus dans l'attaque contre le
WTC.
Depuis que nous avons entendu la nouvelle, nous avons partagé bien des
moments de douleur, de réconfort, d'espoir et de désespoir ainsi que des
souvenirs heureux avec son épouse, les deux familles, nos amis et voisins,
ses collègues de chez C/E, et toutes les familles affligées qui se
réunissent tous les jours à l'hôtel Pierre.
Notre peine et notre colère
se retrouvent chez tous ceux que nous croisons. Nous ne pouvons guère prêter
attention au flot continu d'informations, mais nous avons néanmoins perçu
que notre gouvernement s'engageait dans la voie de représailles violentes,
avec comme perspective la mort d'autres innocents et donc des parents, des
amis, des fils, des filles qui souffriront aussi et auront de nouvelles
raisons de nous en vouloir.
Ce n'est pas la bonne voie. Cela ne vengera pas la mort de notre fils.
Pas au nom de notre fils.
Notre fils est mort victime d'une idéologie inhumaine. Nos actions ne
devraient pas servir au même but. Partageons notre peine. Réfléchissons,
prions. Trouvons ensemble une réaction rationnelle qui apporterait la paix
et la justice au monde. Mais n'ajoutons pas , en tant que nation, à
l'inhumanité de notre époque.
Copie de la lettre à la
Maison Blanche
Monsieur le Président,
Notre fils est l'une des victimes des attentats de mardi sur le WTC. Nous
avons pris connaissance de votre réaction ces derniers jours et de la
décision du Congrès, qui vous donne tout pouvoir pour réagir aux attaques
terroristes.
Votre réaction ne nous
console en rien de la perte de notre fils. Au contraire.
Ce que nous ressentons,
c'est que notre gouvernement se sert du souvenir de notre fils comme
justification pour faire souffrir d'autres fils, d'autres parents dans
d'autres pays. Ce n'est pas la première fois que quelqu'un dans votre
position reçoit ainsi des pouvoirs illimités et l'a regretté. L'heure n'est
pas aux gestes vides pour tenter de nous consoler. L'heure n'est pas à jouer
des mécaniques. Nous vous supplions de réfléchir à comment notre
gouvernement peut mettre en oeuvre des solutions rationnelles et pacifiques
au terrorisme qui ne nous réduisent pas au niveau inhumain des terroristes.
Bien à vous.
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