TROIS-RIVIERES (PC) — Lorsque le Vol 11 d'American
Airlines s'est écrasé sur une des tours du World Trade Centre de
New York, mardi matin, Tracy-Ann Powers aurait pu être une des
victimes. Elle est chef de l'équipe internationale des agents de
bord et emprunte ce vol-là régulièrement puisqu'elle est basée à
Boston, la ville même d'où les terroristes kamikazes avaient
décollé.
Au moment des événements, elle était fort heureusement au
repos dans sa ville natale de Trois-Rivières où sa mère et son
conjoint habitent. Mardi matin, le choc a été grand lorsqu'elle
a vu ses collègues mourir presque en direct à la télévison.
"Ma meilleure amie est basée à New York. Elle avait très peur
que je sois à bord de cet avion", dit-elle. A cause des
perturbations dans les communications, les deux agentes de bord
n'ont pu se parler avant 21h, mardi soir. "On se connaît tous
dans notre équipe du Vol 11, à Boston. Je connais l'identité de
trois des neufs membres d'équipage qui sont morts et de deux
autres qui étaient à bord du Vol 77. On essaie de joindre les
autres pour prendre des nouvelles. La compagnie ne peut pas
dévoiler les noms tant que les familles n'ont pas toutes été
contactées. Le téléphone n'a pas cessé de sonner depuis hier
(mardi). On a beaucoup pleuré", raconte-t-elle, encore très
ébranlée par la tragédie.
Mme Powers explique que les agents de bord sont très bien
entraînés pour faire face aux situations d'urgence et ont même
des contacts et des informations de la part d'agences comme le
FBI pour assurer la sécurité à bord des avions. Même une prise
d'otages peut être contrôlée. "Mais quand les terroristes sont
kamikazes, qu'ils n'en ont rien à péter de mourir, on ne peut
vraiment rien faire", fait-elle valoir.
Tracy-Ann Powers exerce son métier depuis deux ans chez
American Airlines. Elle a aussi travaillé pour Air France à
titre de gestionnaire de vol pendant trois ans. Elle était en
France lorsque le Concorde s'est écrasé. "Mais là, c'est
différent. C'est tellement près de moi. En Palestine, ça danse
dans les rues et il y a des gens pour dire que les Américains
l'ont mérité. Mais tous ces morts ne sont pas responsables de
quoi que ce soit. Ce sont toutes des victimes innoncentes.
Personne ne méritait de mourir", plaide la jeune femme.
Mme Powers ne cache pas qu'elle éprouve une certaine
nervosité à l'idée de recommencer à voyager en avion. "Ca va
être pire au moment où je vais mettre les pieds à bord,
dit-elle. Je prévoyais une réorientation de carrière et cet
événement me donne un coup de pouce pour prendre ma décision",
confie-t-elle.