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                Aurait-on pu éviter le 11 septembre?

Dès le mois de juillet, le président Bush avait été prévenu que des agents de Ben Laden préparaient certainement un détournement d'avion. De son côté, le FBI n'avait pas pris au sérieux plusieurs avertissements de ses agents qui suspectaient les terroristes d'infiltrer des écoles de pilotage américaines. Le Congrès demande des comptes.

New York, de notre correspondant

La Maison blanche est plongée dans l'embarras. Coup sur coup, cette semaine, plusieurs informations ont filtré dans la presse, qui toutes convergent vers une même conclusion: les autorités américaines auraient pu prévoir les attentats du 11 septembre. Au début du mois d'août 2001, George Bush a été prévenu par ses services de renseignement que Oussama Ben Laden cherchait à détourner des avions de ligne. La mise en garde lui a été faite au cours d'un briefing quotidien de la CIA, alors qu'il était en vacances dans son ranch de Crawford, au Texas.

«La possibilité de détournements d'avions au sens d'avant le 11 septembre était une préoccupation traditionnelle du gouvernement, a tenté de minimiser le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer. Mais le président n'avait reçu aucune information laissant prévoir que les avions seraient transformés en missiles lors d'attentats suicide. Ceci représentait un nouveau type d'attentat qui n'avait pas été prévu.»

Tout au long de l'été, les signes d'une possible menace, essentiellement contre les intérêts Américains à l'étranger, se sont accumulés, a expliqué la présidence, qui affirme que «plusieurs initiatives ont été prises pour renforcer la sécurité», notamment en prévenant les compagnies aériennes de menaces non spécifiques, à travers les canaux traditionnels.
Pas prévu? Dans un document prémonitoire révélé par Newsweek, un agent du FBI de Minneapolis évoquait dans les premiers jours de septembre la possibilité que Zacarias Moussaoui ait eu le projet de crasher un avion contre le World Trade Center. Le Français d'origine Marocaine, soupçonné d'avoir été le 20e homme des attentats du 11 septembre, avait été emprisonné peu avant les attentats. Il avait été arrêté car son désir d'apprendre à piloter des avions de ligne, sans montrer le moindre intérêt pour les procédures de décollage ou d'atterrissage, avait été jugé suspect. Au cours d'un «brainstorming» dans les premiers jours de septembre pour tenter de comprendre ce qui se tramait, l'un des agents du FBI a vu juste. Il savait que Moussaoui voulait apprendre à piloter un 747 entre Londres et New York. Il avait appris par les autorités françaises ses liens avec des groupes islamiques radicaux. Il a deviné le reste.

Des mises en garde très précises

Un autre agent du FBI, à Phoenix, en Arizona, aurait lui aussi pu devenir un héros. Dans une note envoyée l'été dernier au quartier général du FBI, à Washington, il exhortait sa hiérarchie à enquêter sur les hommes originaires de pays arabes et suivant des cours de pilotage dans des écoles d'aviation américaines. Il évoquait le nom de Ben Laden et suggérait que ses adeptes se servaient peut-être de ces leçons pour préparer des attaques en plaçant ses agents comme pilotes, agents de maintenance ou gardes de sécurité au sein de compagnies d'aviation du monde entier. L'existence de la note était connue depuis des mois, mais il a fallu que des membres du Congrès se penchent dessus pour que son degré de précision, et notamment la référence à Ben Laden soit connue.

Selon plusieurs sénateurs, le FBI n'a pas tenu compte de ces mises en garde. L'agence fait valoir que les enquêtes sur les élèves pilotes originaires du Proche-Orient n'ont rien donné en Arizona. Au QG du FBI, la note de Phoenix a été passée en revue par des agents débordés par ailleurs, mais ses recommandations n'ont pas été jugées dignes d'être appliquées. La tâche qui consiste à enquêter sur les centaines d'étrangers qui fréquentent des écoles d'aviation aux Etats-Unis a été jugée titanesque. Malgré tout, Robert Müller, devenu directeur du FBI deux semaines avant les attaques, a admis que la note aurait dû être étudiée avec plus d'attention.

Cette opinion est partagée par bon nombre de parlementaires qui ont demandé hier des comptes au gouvernement. «Y a-t-il eu un échec des services de renseignements?», a demandé le chef des Démocrates à la Chambre des représentants Dick Gephardt. «Les responsables concernés ont-ils agi de façon appropriée?» a-t-il ajouté. De son côté, le chef de la majorité démocrate au Sénat, Tom Dashle, a demandé au président Bush de fournir les informations en sa possession. «Pourquoi a-t-il fallu huit mois pour que nous en soyons informés? Quelles actions précises la Maison Blanche a-t-elle prise en réaction?» a-t-il demandé.

Le pire est peut-être à venir. Les enquêteurs du Congrès s'attendent à découvrir de nouveau éléments. Selon Newsweek, ils s'intéressent notamment à une piste selon laquelle la CIA n'a pas convenablement enquêté sur une piste des autorités malaisiennes qui avaient fourni aux Etats-Unis, en janvier 2000, des renseignements sur une rencontre à Kuala Lumpur entre des agents d'Al Quaïda. Deux de ses hommes étaient parmi les terroristes du 11 septembre. La CIA disposait de leur photo.
PHILIPPE BOLOPION
 
    
 

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