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Un héros ordinaire :
Craig Monahan, pompier
Le
11 septembre, Craig Monahan était avec un ami pompier à Staten Island,
l’île au sud de Manhattan. Il retapait la maison d’un voisin, lui aussi
pompier, lorsqu’on leur a appris qu’un avion venait de percuter le World
Trade Center. Aussitôt les trois hommes se jettent sur leurs équipements et
sautent dans le pick-up de Craig. «J’ai eu un pressentiment, se
souvient Craig, j’ai su qu’ils allaient mourir, je voulais absolument les
aider.» Craig se gare juste derrière les tours en flammes et retrouve le
camion de sa caserne. Un chef pompier était coincé sur la mezzanine. «Il
ne pouvait plus bouger, les corps des gens qui tombaient risquaient de le
tuer.» Lorsque la première tour s’effondre, Craig a tout juste le temps
de se glisser sous le camion. Dès qu’il le peut, il se rue vers la deuxième
tour. «Nous savions que ça allait s’effondrer, il fallait sortir nos gars
de là.» Il n’est plus qu’à une trentaine de mètres quand il entend un
craquement effroyable: la deuxième tour s’effondre. Une nouvelle fois, il se
jette sous un camion de pompier. Quelques instants plus tard, il parvient à
sortir de son abri et commence à creuser les décombres. «Nous avons
cherché nos gars toute la journée, en vain.» Pendant des semaines, entre
les funérailles et les veillées mortuaires, Craig fait la navette de la
caserne aux ruines avec son pick-up défoncé. Le camion de la caserne, lui, a
été écrasé sous les débris. Trois pompiers sont toujours portés disparus.
Engine 24, la caserne de Craig, a perdu 11 de ses 50 pompiers.
 Le 27 octobre, comme il était prévu, Craig s’est marié: «Il était hors de
question de laisser ce truc-là perturber nos vies.» Il vient de passer
dix jours à Hawaï en voyage de noces. «J’ai choisi Hawaï parce que c’est
aux Etats-Unis. Je suis très patriote: pour rien au monde je n’irais passer
mes vacances dans un autre pays!» Craig dit qu’il s’en sort mieux que la
plupart de ses camarades parce qu’en 1994 il avait déjà subi un choc
terrible. Sur le toit d’un immeuble en feu, il avait ouvert la trappe,
manœuvre classique mais qui avait cette fois provoqué une explosion, dans
laquelle trois de ses camarades avaient trouvé la mort. «Après ça, j’ai
compris que pour s’en sortir il fallait rire, manger et surtout faire
l’amour. Le sexe, c’est la meilleure thérapie! Je le répète tous les matins
aux gars, précise t-il sans plaisanter. Et ceux qui m’écoutent s’en
sortent mieux que les autres.»
«Pompiers
de New York, vous êtes nos héros.» Trois mois après la tragédie, la façade
de la caserne Engine 24, sur la Sixième Avenue, est toujours couverte de
fleurs fraîches, de lettres et de dessins d’enfants. Les sièges de son
pick-up sont défoncés, le pare-chocs brûlé, les vitres explosées, mais il
n’est pas question de le réparer. Pour les pompiers il est devenu une sorte
de monument aux morts: ils veulent y inscrire les noms de leurs camarades
tués dans le World Trade Center. |