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                         Aux Etats-Unis,
           une "génération 11 septembre" ?


Si les attentats ont eu un impact considérable sur la vie publique aux Etats-Unis, la vie quotidienne des Américains a repris un cours normal, mais le "11 septembre" pourrait influencer une génération toute entière et laisser ainsi des marques durables.

Loin de la trouée béante de "Ground Zéro", un an après la tragédie, rares sont les signes visibles à témoigner encore de la pire attaque terroriste de l'histoire moderne.

De la "guerre contre le terrorisme", en Afghanistan ou ailleurs, les médias ne renvoient plus qu'un lointain écho, vite noyé par le brouhaha des conversations sur les scandales de la bourse et les enlèvements d'enfants.

Un an après le "11/09", comme on l'appelle aux Etats-Unis, le "mode de vie américain" a repris ses droits, explique Tom Smith, chercheur en sciences sociales à l'Université de Chicago.

"La plupart des changements dans les comportements sont des changements imposés, comme par exemple la sécurité accrue dans les aéroports, mais si l'on se penche sur la façon dont les gens vivent au quotidien, socialisent et exercent leur activité professionnelle, bien peu a changé", dit-il à l'AFP.

"Le degré de récupération à partir des états de stress et d'anxiété constatés après les attentats a même été assez rapide", affirme Tom Smith, co-auteur d'un rapport ("L'Amérique récupère") avec ses collègues du Centre national de recherches sur l'opinion (NORC).

A une nuance près. "Une partie importante de la population exhibe toutefois des symptômes de stress émotionnel: environ 8% au plan national et 15% des New-Yorkais", ajoute le chercheur.

"L'impact psychologique du 11 septembre a été finalement moindre que ce qu'on aurait pu attendre, étant donné l'énormité de l'évènement. Il a été plus fort à New York, ce qui est normal, mais au plan national, les cas de syndrome de stress post-traumatique ont été en fait moins nombreux qu'après l'assassinat du président Kennedy en 1963".

L'après-11 septembre a révélé des aspirations contradictoires au sein de la culture politique américaine, ballottée entre antifédéralisme et isolationnisme d'une part et unité nationale et mondialisation d'autre part.

"L'Amérique reste dans un brouillard post-11 septembre", déclare à l'AFP Karen Larson, anthropologue au Gustavus Adolphus College, à St. Peter (Minnesota).

"La plupart des Américains sont toujours troublés par la signification du 11 septembre et ne savent pas comment y répondre", explique-t-elle. "D'un côté, leur individualisme les pousse à rechercher la protection de leur vie privée, à se retrancher dans leur petite case sociale, à ne pas s'attendre à être surveillés. De l'autre, ils attendent de l'Etat une protection parfaite contre le terrorisme".

L'impact le plus net semble surtout être discernable dans la vie publique.

"Il semble ne faire guère de doute que le 11 septembre a ouvert une nouvelle saison, si ce n'est une nouvelle ère, dans la politique américaine", affirme le commentateur politique Howard Fineman, en citant par exemple l'accroissement considérable de l'intervention de l'Etat dans la sphère publique.

Qu'on en juge: doublement des budgets policiers, nouvelle législation antiterroriste, accroissement des pouvoirs de surveillance, fonctionnarisation de la sécurité aéroportuaire, subventions massives aux secteurs en difficulté (compagnies aériennes, reconstruction de New York), etc.

"Les Américains sont devenus plus internationalistes", souligne aussi le politologue Larry Sabato, professeur à l'Université de Virginie. "Ils ont pensé que la fin de la guerre froide et la chute du communisme leur donnaient droit aux dividendes de la paix et que nous n'aurions plus à être le gendarme de la planète. C'était hautement naïf de penser que la seule superpuissance pouvait s'offrir ce luxe et le 11 septembre nous l'a rappelé de manière tragique".

Le 11 septembre pourrait donc initier une prise de conscience - une "période de transformation", selon l'expression du sénateur Evan Bayh - et avoir un effet durable sur toute une classe d'âge venue à la politique à travers le terrorisme.

"Il est facile de croire que rien n'a changé mais les changements sont en réalité subtils, sous-jacents et seront à long terme", prédit l'anthropologue Karen Larson.

"Jusqu'au 11 septembre, note-t-elle, mes étudiants n'avaient aucune expérience qui les ait galvanisés. Et aujourd'hui, leurs plans de carrière ont changé: ils posent leur candidature au FBI, veulent travailler dans l'administration, la diplomatie, etc."

Signe des temps, à la prestigieuse université d'Harvard, les séances de recrutement de la CIA font salle comble, avec l'an dernier un doublement des entretiens d'embauche.

40 ans après le célèbre appel à ses compatriotes, en pleine guerre froide, du président John F. Kennedy ("Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays"), "le moment présent trouve des échos générationnels étranges", estime le commentateur politique Howard Fineman. Et de conclure: "Le pays pourrait être prêt de nouveau pour un 'ne demandez pas...'".

    
 

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