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Un an après des questions sans réponses

 

Un an après les attentats les plus dévastateurs de son histoire, l'Amérique redoute toujours d'être frappée par un ennemi sans uniforme et sans drapeau et s'est installée, contrainte et forcée, dans l'incertitude née de l'après 11 septembre . Au fil des mois, cette incertitude conjuguée à une peur diffuse a pris le pas sur l'état de choc collectif dans lequel les Américains ont été plongés avec les attaques perpétrées contre New York et Washington.

En dépit des succès militaires en Afghanistan, l'enquête, la plus étendue jamais lancée par le FBI pour retrouver les coupables semble loin d'aboutir. Aucun "meneur" d'Al-Qaïda n'est sous les verrous et les Américains, en état d'alerte quasi-permanent, ont été informés que des cellules terroristes hibernent sur leur territoire. Même si la Maison Blanche semble penser que l'Irak a joué un rôle dans la préparation des attentats du 11 septembre, l'enquête menée par la CIA et le FBI n'a pas permis de le prouver.

Pour exorciser leur désarroi, les Américains préfèrent afficher leur fierté d'appartenir à "cette grande nation", diviser le monde entre "le bien et le mal" et s'en remettre à Dieu et à leurs dirigeants, même s'ils agitent moins de drapeaux et entonnent moins d'hymnes patriotiques qu'il y a un an. Le pays paraît en effet avoir accepté la rhétorique gouvernementale de la guerre contre l'ennemi-terroriste, ce qui contribue à développer un sentiment de loyauté vis-à-vis du pouvoir et de disposition au sacrifice.

            Où en est l'enquête ?

Sont-ils vivants, sont-ils morts? Un an après les attentats du 11 septembre, le sort des deux principaux accusés, le premier Oussama ben Laden chef d'Al-Qaïda pour les avoir organisés, le second, le mollah Omar pour leur avoir donné toute sa coopération en Afghanistan reste mystérieux, malgré une récompense de 25 millions de dollars pour la tête de ben Laden et de 10 millions pour celle du mollah Omar offerte par les autorités américaines.

Pour le reste, 131 personnes ont été inculpées de crimes fédéraux par la justice fédérale américaine dans le cadre de l'enquête sur les attentats du 11 septembre. Ces personnes ne sont pas "nécessairement liées aux attentats ni en relation direction avec le réseau Al-Qaïda", a expliqué un responsable du département de la Justice."Ils ont été inculpés de crimes dont les enquêtes ont croisé celle que nous menons depuis le 11 septembre".

Parmi ces 131 personnes, neuf ont été reconnues coupables à la suite de leur procès. Soixante quinze autres étaient toujours en détention au 16 août dernier. Un seul détenu, le Français Zacarias Moussaoui, a été inculpé en liaison directe avec les attentats du 11 septembre. Soupçonné d'avoir participé avec le réseau Al-Qaïda à la préparation des attentats, Moussaoui, 34 ans, sur qui pèsent six chefs d'accusation, risque la peine de mort.

         Quelles conséquences économiques ?

L'effondrement redouté de l'économie mondiale n'a pas eu lieu après le 11 septembre, grâce à la vigoureuse réaction des autorités américaines, mais les incertitudes soudainement mises à nu pourraient changer en profondeur la donne économique, estiment les analystes. L'économie américaine a relativement bien résisté. Aujourd'hui, les prévisions de croissance 2002 pour les Etats-Unis sont identiques à ce qu'elles étaient avant le 11 septembre.
 

Pour Eric Chaney, de Morgan Stanley, le 11 septembre, par la vigoureuse réaction budgétaire qu'il a entraînée aux Etats-Unis (les mesures prises ont fait passer le budget de 100 milliards de dollars d'excédent à 200 milliards de déficit), "leur a paradoxalement sans doute permis d'amortir le choc d'une récession qui était de toute façon dans le tuyau".
 

La faiblesse actuelle de l'économie américaine, marquée par un fort ralentissement de la croissance, une baisse du dollar et une instabilité relative des marchés, découle en effet d'événements pour la plupart postérieurs aux attaques terroristes, estiment les experts. Le 11 septembre "a pu y contribuer modestement, mais l'éclatement de la bulle technologique et les récents problèmes de comptabilité et de gouvernance des entreprises ont été des facteurs bien plus importants", juge Peter Hooper, chef économiste de la Deutsche Bank, à New York.
 

En Europe au contraire, l'événement a provoqué un début de récession qui, selon M. Chaney, "n'aurait pas eu lieu autrement", malgré le ralentissement. La Banque centrale européenne a baissé ses taux, mais moins que la Réserve fédérale, dans un contexte d'obligation de respect du Pacte de stabilité qui empêche toute prodigalité budgétaire.

Pour John Lonski, chef économiste de la société de notation financière Moody's Investor Services, les marchés continuent d'être affectés par "la permanence de risques liés à la lutte contre le terrorisme et en premier lieu celui d'une invasion de l'Irak" par l'armée américaine. Outre le poids d'une telle opération militaire sur les finances publiques, de l'ordre de 100 milliards de dollars selon CDC Ixis Capital Markets, une guerre aurait un impact direct sur la consommation.

"Si l'on prend l'exemple de 1991 (la guerre du Golfe, ndlr), la réaction des ménages a été d'augmenter fortement leur taux d'épargne", rappelle Evariste Lefeuvre: "Or, en l'occurence, cela assassinerait la reprise", dit-il. "Etant donnée la configuration actuelle, dans laquelle les Etats-Unis s'engageraient seuls, une attaque militaire contre l'Irak aurait un impact négatif sur le dollar, au moins à court terme", ajoute Lisa Finstrom, analyste change de Salomon Smith Barney. Pour John Lonski, "on n'a peut-être pas encore fini de voir jusqu'où les effets du 11 septembre, et les réponses qu'on y a apportées, peuvent jouer sur l'économie américaine". "Une confrontation avec l'Irak pourrait mal tourner et aboutir, à terme, à une double récession de l'économie américaine", pense-t-il.

          La crainte du bioterrorisme

La préparation à une menace bioterroriste prit un caractère d'urgence dans l'esprit des Américains dans la semaine suivant le 11 septembre 2001, une psychose à laquelle les lettres piégées au bacille du charbon donnèrent un fondement moins d'un mois plus tard. Dès le 15 septembre, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld assurait sur un plateau de télévision que les terroristes "peuvent nous menacer de guerre chimique, biologique". Quinze jours plus tard, c'est l'ensemble de l'administration américaine qui se mobilisait pour calmer la psychose s'emparant du pays, le secrétaire à la Santé Tommy Thompson faisant le compte des stocks de vaccins, antibiotiques et équipements médicaux disséminés à travers le pays.
 

L'attaque réelle prit la forme d'innocentes lettres timbrées à 34 cents, contaminées par le bacille du charbon, expédiées d'une petite ville du New Jersey et destinées aux médias et à quelques élus américains. L'éditeur photo d'un tabloïd basé en Floride fut le premier à mourir le 5 octobre de la maladie provoquée par cette bactérie. Les attentats firent cinq morts au total. Sans lien apparent avec les terroristes du World Trade Center, ce premier acte de bioterrorisme d'ampleur contre la population américaine transforma la crainte en réalité, donnant raison aux experts qui réclamaient des fonds depuis plusieurs années pour préparer le pays.
 

Un budget d'urgence de 918 millions fut débloqué pour l'année fiscale en cours, et en mai 2002 le Congrès vota un financement de 2,9 milliards de dollars pour les programmes de formation, l'achat d'équipements et médicaments.

Parmi les priorités figurent aujourd'hui la reprise prévue de la vaccination anti-variolique pour les personnels de santé, le virus de la variole, éradiqué de la planète mais conservé en laboratoire, étant considéré comme une arme de choix pour les terroristes.
 

Lente et sans résultats pour l'instant, l'enquête sur les lettres piégées s'oriente vers le milieu scientifique américain en raison de la similarité de la souche de la bactérie utilisée et du mode de traitement chimique de ses spores avec les pratiques des laboratoires militaires américains. La police fédérale a interrogé une vingtaine de biochimistes pouvant avoir eu accès au bacille et le FBI n'exclut pas que l'auteur des lettres piégées soit un savant fou, désireux de démontrer la vulnérabilité du pays aux armes bactériologiques et chimiques.
 

Que l'hypothèse se confirme ou non, le pays est désormais mobilisé contre la menace, au point que plus aucune conférence médicale ne se tient dans le pays sans qu'une partie des interventions ne soient consacrées au bioterrorisme.

        La reconstruction du Pentagone

Menée à marche forcée, la reconstruction du Pentagone aura été un pari vite gagné, et le ministère américain de la Défense se prépare dans une odeur de peinture fraîche aux cérémonies du 11 septembre 2002.
 

Le projet de reconstruction a été baptisé "Phoenix" (phénix), comme l'oiseau qui renaît de ses cendres de la mythologie grecque. Quelque 3.000 personnes devraient retrouver leurs bureaux au Pentagone pour le premier anniversaire des attentats du 11 septembre. Plus de 400.000 mètres carrés de bureaux ont été reconstruits, pour un coût estimé à un peu plus de 500 millions de dollars.
 

Travaillant jour et nuit, un millier d'ouvriers de tous les corps de métier ont réalisé une sorte de miracle, déclare Rachel Decker, porte-parole de l'Armée, lors d'une visite de l'ex-zone sinistrée la semaine dernière. Le responsable de Phoenix, Lee Evey, avait estimé en octobre 2001 qu'il faudrait 18 mois pour démolir et enlever les gravats et deux ans de plus pour aménager les bureaux. Aujourd'hui, des officiers amènent déjà plantes vertes et distributeurs d'eau et tout sera parachevé au printemps 2003.
 

A quelques mètres du point d'impact, sur l'anneau exterieur E, une salle de méditation, interconfessionnelle permettra aux visiteurs de se recueillir. Au mur, un vitrail pentagonal avec cette inscription
                      "United in memory, September 11, 2001".

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