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Témoignages
Dans les escaliers de la tour en
flammes, Ciara Linnane a croisé les premiers pompiers montant vers
le brasier. Les bureaux de cette journaliste de l'agence financière
AFX, filiale de l'Agence France Presse, étaient au 52ème étage de la
tour Un du World Trade Center. Le 11 septembre, quelques secondes
après l'impact de l'avion au 90ème étage, elle se rue avec deux
collègues dans l'issue de secours.
"Vers le 25ème
étage, nous avons vu monter les premiers pompiers. Ces gars costauds,
avec leurs grosses têtes d'Irlandais rougis par l'effort. Il nous
disaient : 'Tout va bien tout le monde, c'est bien. Vous allez pouvoir
sortir. Quand vous arrivez en bas, suivez les flèches'. Cela nous a
vraiment calmés". "Ils avaient l'air terrifiés, si effrayés. Jésus !
On lisait la peur dans leurs regards. Ils nous regardaient dans les
yeux, disaient 'OK, c'est bien'. L'un d'entre eux s'est arrêté
quelques secondes, m'a fixée et a dit: 'Vous vous en sortez très bien.
Assurez-vous que tout le monde continue à descendre, restez sur la
droite, allez aussi vite que possible. Vous parviendrez à sortir, ne
vous retournez pas, descendez !' "
"Quand
vous pensez à cette scène: nous qui marchions pour sortir du building,
pour vivre, et ces gars qui montaient vers la mort. Les gens dans
l'escalier les applaudissaient, les remerciaient, leur tapaient dans
le dos, leur disaient: 'Vous êtes nos héros'. On entendait crier:
'Pompiers ! pompiers !' et tout le monde se poussait vers la droite
pour leur libérer le passage". "J'en ai vu passer une cinquantaine.
Certains partaient dans les étages, d'autres continuaient à monter.
Ils étaient très chargés, en sueur, avec des haches, des tuyaux, des
bouteilles d'oxygènes. Ils se criaient des ordres les uns aux autres.
Ils n'étaient pas tous jeunes, il y avait des vieux aussi". "Ils sont
au-delà de l'héroïsme. On devrait décréter un jour de deuil uniquement
pour eux et un autre jour pour les autres victimes".
"J'étais arrivée
au bureau à 07H00. J'étais en ligne avec Londres et soudain il y a eu
un énorme bruit. Deux explosions. Ce n'était pas tellement le bruit,
surtout l'impact: l'ensemble du bâtiment a tremblé. On a pensé que
c'était une bombe. Des débris tombaient par les fenêtres, il y avait
de la fumée. On s'est regardés, Laura a commencé à hurler et Rudy a
dit: 'Vite, l'escalier !' On a tout laissé". "Les escaliers étaient
déjà pleins de monde, mais tout le monde était calme et très gentil.
Il y avait des gens qui étaient là lors de l'attentat de 93, ils
disaient: 'Ca va, on connait la procédure, il faut juste descendre et
sortir'. Laura a enlevé ses haut-talons. On marchait, il n'y avait pas
moyen de courir. C'était OK, un flot calme et continu".
"Pendant que nous
descendions, nous n'avons pas entendu le deuxième avion frapper la
deuxième tour, nous n'avions aucune idée. Heureusement, parce que cela
nous aurait rendus fous ! Vers le trentième étage, un gars nous a dit
qu'un avion avait heurté notre tour, alors bien sûr nous pensions que
c'était un accident. On en parlait entre nous". "Les dix derniers
étages étaient libres, on a pu courir. Quand on est sortis, il y avait
des véhicules de secours partout: ambulances, pompiers, des gens
partout, des blessés"
Les passagers du vol 93 d'United
Airlines se sont apparemment battus avec les pirates de l'air avant
que leur Boeing 757 ne s'écrase en Pennsylvanie...
A 08h01, le Boeing s'envole de Newark,
un des trois aéroports de New York situé dans le New Jersey, pour San
Francisco, en Californie, les réservoirs pleins pour un vol de
plusieurs heures. Mais, environ 90 minutes plus tard, les contrôleurs
constatent que l'avion effectue un demi-tour et prend la direction de
Washington. Ils entendent alors quelqu'un crier dans le cockpit:
"sortez d'ici", et un peu plus tard, après une échauffourée, la même
injonction. Le micro s'éteint puis est rallumé. La télévision CNN
rapporte qu'on entend à ce moment quelqu'un dire, dans un mauvais
anglais, aux passagers: "Ici votre commandant, il y a une bombe à
bord. Restez à vos sièges. Il y a une bombe à bord. Soyez calmes. Nous
allons obéir à leurs demandes, nous retournons à l'aéroport".
C'est à ce moment qu'un des passagers,
Jeremy Glick, 31 ans, appelle son épouse Lyzbeth au téléphone, a
raconté son beau-frère Douglas Hurwitt au quotidien Washington Post.
Il lui dit que l'avion est détourné par trois hommes de type
moyen-oriental, armés de couteaux et portant une boîte rouge contenant
soi-disant une bombe. Les pirates, un bandeau rouge sur le front,
rassemblent équipage et passagers au fond de l'avion. Quand sa femme
lui annonce qu'un avion suicide s'est encastré dans une tour du World
Trade Center, Jeremy Glick aurait alors décidé d'agir avec d'autres
passagers. "Ils allaient empêcher (les pirates) de faire ce qu'ils
projetaient" même "s'ils savaient que les arrêter signifierait la fin
de leurs vies", a affirmé M. Hurwitt.
Un homme d'affaires californien de 38
ans, Thomas Burnett, donne quatre coups de téléphone à sa femme Deena.
Après que les pirates eurent tué un passager, il lui dit qu'avec
d'autres ils vont "faire quelque chose" pour arrêter le commando
suicide. Alice Hoglan, qui vit en Californie, a déclaré à NBC que son
fils, Mark Bingham, avait lui aussi réussi à contacter sa famille
grâce à son téléphone portable. Il a également parlé de l'initiative
désespérée de plusieurs passagers.
Lyzbeth Glick, qui parle déjà depuis dix
minutes avec son mari, demande à son père d'appeler la police fédérale
(FBI). Les agents enregistrent pendant 20 minutes les échanges, qui se
terminent "avec des bruits divers et des cris". Le Boeing effectue
alors plusieurs manoeuvres surprenantes et, à 10h03, les radars
perdent sa trace. Il vient de plonger et s'est écrasé dans un champ,
dans l'ouest de la Pennsylvanie. Selon les autorités américaines, les
terroristes avaient probablement l'intention de projeter l'appareil
contre la Maison Blanche.
Le lieutenant Jim McGlynn raconte: "Je
me trouvais entre le premier et le deuxième étage quand tout le
bâtiment a commencé à trembler. J'ai entendu et senti les vibrations,
j'ai compris qu'il s'effondrait. Puis j'ai commencé à entendre les
étages tomber les uns après les autres, l'un après l'autre comme des
crêpes". (extrait du premier livre de témoignages sur le drame du
World Trade Center, "Récit de Ground Zero". Dennis Smith, 61 ans)
Brian Iarrapino, un policier de 31 ans
: "Tout a été incinéré. Deux immeubles de 110 étages réduits à des
piles de décombres de dix mètres de haut. Tout ce qui était en
plastique a fondu, tout ce qui était en métal est tordu, plié. Les
voitures de police, de pompiers, ont fondu sur place,
méconnaissables. Il y a des morceaux de l'avion, des choses qui ont
dû être des meubles... C'est incroyable !"
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