|
Questions sans réponses
En dépit de tout ce qui a été dit,
écrit, entendu, analysé et ressassé relativement aux événements du 11
septembre, des questions nous laissent encore devant le mystère le plus
complet. En voici quelques-unes parmi bien d'autres.
Oussama ben Laden est-il mort? Sinon, où
se cache-t-il ?
La
scène se passe le lundi 17 septembre 2001 au Pentagone, à Washington, un
des lieux frappés par les attentats terroristes et que le président
américain George W. Bush est venu visiter en signe de solidarité.
Interrogé au cours d'un point de presse pour savoir s'il souhaitait la
mort d'Oussama ben Laden, considéré comme le suspect numéro un des actes
terroristes perpétrés contre les États-Unis, Bush répond en invoquant ces
vieilles affiches du Far West où on lisait «Recherché: mort ou vif».
Depuis, la tête de ben Laden a été mise à prix (25 millions de dollars
américains) ainsi que celles de ses principaux lieutenants du réseau
Al-Qaeda et du mollah Omar, chef du gouvernement taliban qui avait offert
l'hospitalité en terre afghane à ben Laden.
Les Américains ont débarqué en Afghanistan, ils ont bombardé les régions
où talibans et terroristes avaient, croit-on, trouvé refuge, ils ont
fouillé des cavernes les unes après les autres, ils se sont assurés de la
collaboration de réseaux locaux amis. Mais ils ont fait chou blanc.
La dernière fois que les poursuivants ont eu un signe tangible d'être près
de leur but, c'était au début de janvier dans la région de la province
d'Helmand où le mollah Omar se trouvait encerclé. On négociait sa
reddition pacifique lorsqu'il aurait réussi à s'enfuir à moto. Depuis,
rien.
|
 |
D'un point de presse à
l'autre, d'un homme politique à l'autre, d'un responsable de la guerre au
terrorisme à l'autre, les opinions quant à savoir si ben Laden est
toujours en vie divergent. À la mi-juillet, le patron de la lutte
antiterroriste au FBI, Dale Watson, se disait convaincu que ben Laden est
mort dans la foulée des bombardements américains orchestrés dans la région
de Tora Bora.
D'autres, comme le patron du renseignement allemand, August Hanning, le
croient vivant et réfugié dans la région de la frontière entre le Pakistan
et l'Afghanistan. D'autres encore, plus près des sources d'informations
islamistes, estiment que ben Laden est toujours vivant et en bonne santé.
Une opinion que ne partageait pas, plus tôt cette année, le général Pervez
Musharraf, chef d'État du Pakistan, selon qui Oussama ben Laden a dû
succomber à des problèmes rénaux parce qu'il n'aurait pas pu être traité.
L'une des dernières fois où il a été interrogé à ce sujet, le président
Bush a répondu: «S'il n'est pas mort, nous l'aurons; s'il est mort, nous
l'avons eu.» En matière d'ambiguïté, difficile de faire mieux.
Qui a envoyé les lettres
avec le bacille du charbon l'automne dernier ?
D'aucuns craignaient comme la peste de voir les actes terroristes prendre
une tournure plus pernicieuse avec l'usage d'armes chimiques, biologiques
ou bactériologiques contre des citoyens américains. C'est ce qui est
survenu avec le bacille du charbon.
Quatre lettres, cinq morts, 18 personnes malades, beaucoup d'autres
traitées de façon préventive aux antibiotiques, des immeubles
décontaminées, une nation plongée en pleine psychose.
L'automne a été particulièrement mouvementé chez nos voisins du Sud à la
suite de ces «attaques au courrier» dont les auteurs sont toujours au
large. Le FBI cherche les coupables. Sur le site Internet de l'agence, un
lien intitulé «Amerithrax» demande toujours l'aide du public et propose
une récompense de deux millions de dollars à quiconque conduira les agents
fédéraux vers les expéditeurs des mortelles enveloppes.
Des lettres contenant le bacille du charbon ont été envoyées aux sénateurs
démocrates Tom Daschle et Patrick Leahy, à l'animateur de télévision Tom
Brokaw et à d'autres organisations. Cinq personnes, dont deux postiers,
n'ont pas survécu à la maladie.
En plus de fausses alertes au bacille du charbon, è007 . 0002.03éla
présence de colis suspects a forcé d'innombrables évacuations d'édifices
aux quatre coins des États-Unis, au Canada et ailleurs dans le monde.
Au bout de quelques semaines, l'affaire s'est calmée, mais le mystère
reste entier. Qui a envoyé les fameuses lettres? Et l'auteur a-t-il un
lien avec ceux des attentats du 11 septembre?
Comment ont été structurés
les attentats ?
Des
mois d'enquête et des cen taines de personnes affectées au dossier n'ont
pas encore permis de rassembler toutes les pièces du puzzle.
Bien sûr, plusieurs éléments sont mieux connus aujourd'hui comme le fait
qu'une partie des préparatifs a eu lieu dans des universités allemandes,
ou encore que des terroristes ont appris les rudiments du pilotage dans
des écoles américaines.
Mais ce qui laisse pantois, c'est le temps qu'ils ont eu à leur
disposition pour préparer leur coup sans être découverts. Un tel projet ne
pouvait arriver à terme sans une préparation étalée sur plusieurs années.
Chose certaine, les auteurs savaient qu'il ne devaient pas laisser de
traces derrière eux. Dans une allocution faite en mai devant les membres
de la Ligue anti-diffamation des États-Unis, le directeur général du FBI,
Robert S. Mueller III, a déclaré qu'après huit mois d'enquête, les agents
n'ont retrouvé aucune trace écrite relative aux attentats du 11 septembre
chez les 19 terroristes soupçonnés d'y avoir participé.
Ces 19 pirates de l'air sont tous entrés légalement en Amérique, ils se
sont fondus dans le marché du travail et la société, n'avaient pas
d'ordinateurs et utilisaient des cellulaires ou des cartes d'appels,
difficiles à retracer, pour communiquer entre eux.
Y aura-t-il d'autres
attaques et où ?
Plusieurs ont dit que la question n'était pas de savoir s'il y aurait une
autre attaque contre les États-Unis, mais quand et où?
Directeur du FBI, Robert S. Mueller III a lui aussi reconnu cette réalité.
«Pouvons-nous arrêter toutes les attaques terroristes? Pour être réaliste,
non, a-t-il déclaré. Mais nous pouvons mettre sur pied un programme musclé
qui en stoppera plusieurs sur le territoire américain et à l'étranger.»
Même constat chez son adjoint et patron de la lutte antiterroriste de
l'agence, Dale Watson. «La question ne se pose même pas à mon esprit: nous
serons de nouveau attaqués», a-t-il déclaré au cours d'une récente
allocution.
En conséquences, le défi est de ne pas laisser aux terroristes le luxe de
se préparer comme ils l'ont fait pour les attentats du 11 septembre.
Sans entrer dans les détails, Robert Mueller affirme qu'au cours des
récentes années, le travail des agents du FBI avait permis de prévenir une
quarantaine d'attaques terroristes. Mais d'autres n'ont pu être évitées
comme les attentats contre le World Trade Center en 1993 et 2001, ceux
contre les ambassades des États-Unis en Tanzanie et au Kenya en 1998,
ainsi que l'action des extrémistes de droite tels Timothy McVeigh en
Oklahoma.
Que savait la
Maison-Blanche avant le 11 septembre ?
La
question est sur toute les lèvres depuis la révélation de l'existence du
«mémo de Phoenix», document corroboré par l'agente du FBI Coleen Rowley le
printemps dernier.
Essentiellement, les deux témoignages convergent sur le fait que le
quartier général du FBI n'a pas pris au sérieux le contenu de deux mémos
s'inquiétant de la présence accrue de personnes louches suivant des cours
dans différentes écoles de pilotage.
Un premier mémo, émis en juillet 2001, fait part des inquiétudes d'un
agent du FBI à Phoenix relativement aux activités de plusieurs jeunes
hommes originaires du Proche-Orient dans des écoles de pilotage. Certains
ont affirmé que le président Bush aurait été mis au courant de ce mémo au
cours d'un briefing à son ranch du Texas le 6 août 2001, affirmation qu'a
rejetée la è007 . 0035.09éconseillère à la sécurité nationale, Condoleezza
Rice.
Quelques semaines plus tard, l'agente Coleen Rowley indiquait dans un mémo
adressé à Robert S. Mueller III que le quartier général du FBI avait
rejeté les soupçons exprimés par leur antenne de Minneapolis à la suite de
l'arrestation de Zacarias Massaoui, maintenant considéré comme le 20e
membre du groupe de terroristes responsable des attentats du 11 septembre.
Très vite après son arrestation pour une affaire d'irrégularité avec
l'immigration, le bureau de Minneapolis avait conclu que Massaoui
représentait une menace pour la sécurité de la nation, une conclusion
contestée par le siège social de FBI de qui dépend le consentement pour
prolonger certains éléments d'enquête.
Que s'est-il passé à bord
de l'avion tombé en Pennsylvanie ?
Des
quatre avions détournés par les pirates de l'air en cette matinée du 11
septembre 2001, seul le vol 93 Newark-San Francisco de United Airlines ne
s'est pas écrasé sur une cible prédéterminée.
On sait aujourd'hui que l'appareil, selon les plans des terroristes,
devait être lancé sur la Maison-Blanche ou le Capitole, à Washington. Il a
plutôt terminé sa course à 800km/h à la lisière d'un terrain boisé situé
près de Jennerstown, petite communauté sise à quelque 130 kilomètres de
Pittsburgh.
On sait également que l'intervention de passagers, mis au courant des
autres attentats grâce aux conversations sur cellulaires qu'ils ont eu
avec leurs proches au sol, a conduit à l'échec de cette quatrième
opération, quoique deux chasseurs F-16 envoyés à la rencontre du Boeing
757 avaient pour mission de le dissuader de s'approcher de la capitale.
Toujours est-il que le contenu de ces conversations laisse clairement
entendre que plusieurs passagers avaient décidé d'empêcher les pirates
d'atteindre leurs fins. «Allons-y!» aurait ainsi lancé Todd Beamer avant
de se lancer à l'assaut des terroristes.
Selon une reconstitution télévisuelle, il aurait été entre autres suivi
par Thomas Burnett, lui aussi considéré comme un des leaders des passagers
et dont la veuve Deena était présente au Congrès lors du discours du
président Bush annonçant la réplique américaine, par Mark Bingham, un
colosse embarqué à la dernière minute, et par une hôtesse de l'air qui
aurait tenté de faire bouillir de l'eau dans le but de s'en servir contre
les pirates.
On ne connaîtra jamais tous les détails des derniers instants de cette
tragédie, mais les parents des membres d'équipage et des passagers du vol
qui le désiraient ont pu entendre le contenu d'une des boîtes noires de
l'avion au cours d'une rencontre organisée par le FBI en avril dernier. |