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Ces « disparus » qui
ne reviendront pas
«Disparu». Il y a un an, ce mot était synonyme d'espoir.
Après l'effondrement des tours jumelles du World Trade Center, les familles
de victimes ont placardé la ville avec des photographies portant la mention
«Disparu» et une multitude de détails sur la couleur des yeux, les
cicatrices éventuelles ou les taches de rousseur.
C'était
il y a un an. Une éternité. Car depuis, l'espoir s'est amenuisé, avant de
disparaître. Enfin presque.
Le 11 septembre 2002, il ne restera guère plus qu'une petite centaine de
noms sur la liste des disparus. Personne ne nie que ces gens soient morts.
Pourtant, New York ne les placera pas sur la liste des victimes tant que
leurs restes n'auront pas été identifiés. Ou tant que leurs proches ne se
présenteront pas avec un certificat de décès.
«C'est très dur de vivre avec le fait que quelqu'un puisse disparaître comme
ça, sans laisser de traces», observe Dee Ragusa, dont le fils, Michael, 29
ans, fait partie de la liste des pompiers disparus. «Un jour, il est juste
parti comme ça, "pouf", dans l'air».
Au plus profond d'elle-même, la famille Ragusa sait que Michael est parti.
Qu'il ne reviendra plus. Mais comme de nombreuses familles dont les proches
ont disparu le 11 septembre, ils cherchent toujours son visage dans la
foule. Certaines veuves avouent même avoir contacté des foyers de sans-abri
dans le sud de Manhattan, pour vérifier que leurs maris ne s'y trouvaient
pas.
«Parmi les personnes qui ont perdu quelqu'un, je crois qu'il n'y a personne
qui n'ait eu une once d'espoir», poursuit Dee Ragusa. «Vous savez qu'il est
parti mais vous n'avez aucune preuve pour le moment. Peut-être qu'il s'est
dégonflé et qu'il s'est enfui. On envisage toutes sortes de scénarios».
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Ces disparus ne se sont
pas vu attribuer un certificat de décès pour deux raisons en général : leurs
familles ne le souhaitaient pas ou n'ont pas pu l'obtenir, selon
l'inspecteur de police Jeremiah Quinlan, qui dirige le service des personnes
disparues dans l'attentat du World Trade Center.
Par ailleurs, les proches de victimes qui vivent en dehors des États-Unis ne
l'ont peut-être pas demandé car le processus peut être difficile à mettre en
oeuvre quand on vit à l'étranger. Quant aux familles de travailleurs sans
papiers, elles risquent d'avoir des difficultés à prouver que leurs proches
travaillaient bien dans les tours jumelles.
Sur la centaine de personnes portées disparues, plus de soixante sont des
sauveteurs. De nombreuses familles ont organisé des services funèbres en
leur souvenir mais n'ont pas pu se résoudre à déposer un dossier pour
obtenir un certificat de décès qui, dans ce cas-là, porterait la mention
«corps manquant».
«Je ne me fais pas d'illusion et ne me mens pas à moi-même. Je sais qu'il y
était et je sais qu'il ne rentrera pas à la maison», confie Donna Hickey,
dont le mari, le capitaine de pompiers Brian Hickey, fait partie des
disparus. Un certificat de décès «ne changera rien (...) C'est un bout de
papier qui ne veut rien dire».
La famille Hickey a organisé un service funèbre le 11 juin dernier, neuf
mois après sa disparition et pour ce qui aurait dû être son 48e
anniversaire. Sa femme et ses quatre enfants ont enterré un cercueil qui
contient son casque. Un casque couvert de poussière et cabossé, seul signe
de sa présence retrouvé dans les décombres.
Donna précise qu'elle finira un jour par demander un certificat de décès,
sur les conseils de son avocat. Mais elle déteste l'idée que son mari soit
placé dans la catégorie des disparus. «À ce jour, personne ne m'a dit que
mon mari était parti. On ne m'a pas dit qu'il était mort. La tour s'est
effondrée et on ne l'a pas retrouvé. C'est comme ça». Sara Kugler Associated Press |