|
| |
|
Les ratés
des agences de renseignement. |
|
Dans
un rapport, le Congrès américain estime qu'elles ont négligé plusieurs
pistes concernant les terroristes. |
|
L'Amérique aurait-elle pu
prévenir les attentats du 11 septembre 2001 ? La polémique faisait rage
hier, alors que le Congrès américain devait rendre publique dans
l'après-midi son enquête de plusieurs mois sur les circonstances qui ont
précédé les attaques contre les Etats-Unis.
«Echec». Selon des extraits du rapport obtenu par l'agence de presse AP, le
Congrès dresse un bilan très sévère des activités des différentes agences de
renseignements américaines, estimant qu'elles n'ont pas suivi plusieurs
pistes concernant les terroristes. Mais le document estime également
«qu'il n'existait aucun signe» qui pouvait laisser entrevoir l'assaut
lancé par Oussama ben Laden et Al-Qaeda.
Dès hier matin toutefois,
plusieurs démocrates se sont succédé sur les chaînes de télévision pour
souligner «l'échec» du FBI, de la CIA mais aussi de la NSA, l'agence
chargée de contrôler toutes les communications suspectes sur le territoire
américain. A la question de savoir si les attaques auraient pu être évitées,
le sénateur démocrate de Floride Bob Graham a répondu : «Probablement
oui.» Aussitôt, de nombreux Républicains dénonçaient une «entreprise
politique», assurant «qu'aucune information dans ces pages ne peut
mener à la conclusion que le gouvernement pouvait savoir ce qui allait se
passer».
Le rapport ne fait aucun cadeau
à la communauté américaine du renseignement . On y apprend qu'en 1999, la
NSA avait intercepté plusieurs conversations entre deux futurs pirates de
l'air installés à San Diego, Khalid al-Midahr et Nawaf al-Hazmi, et une
cellule d'Al-Qaeda au Proche-Orient. Malgré les contacts fréquents, la NSA
n'a pas cru bon de prévenir la CIA, qui n'en a entendu parler qu'après le 11
septembre. Pire encore, les deux hommes vivaient en réalité avec un
informateur du FBI, qui n'a jamais soupçonné leurs activités ou ne s'est
même pas intéressé à leurs projets.
Les 900 pages de documents
multiplient donc les exemples d'occasions ratées de la part des uns et des
autres. La NSA aurait intercepté «plusieurs communications qui
indiquaient une possible attaque terroriste à venir» entre le 8 et le 10
septembre 2001. Mais ces conversations en langue arabe n'ont pas été
traduites avant les attentats.
Passages censurés. La CIA et le
FBI font aussi l'objet de critiques directes. «L'échec de la CIA à
surveiller efficacement ceux qui étaient sur les listes de terroristes
présumés reflète le manque de priorité de l'agence à défendre la sécurité
nationale», précise le rapport. «Le FBI, quant à lui, a été incapable
de contrôler les activités d'Al-Qaeda et d'autres groupes terroristes à
travers le monde.» La controverse autour de la responsabilité des uns et
des autres devrait se poursuivre dans les jours à venir, alors que «pour
des raisons de sécurité», certains passages du rapport ont été censurés.
Selon diverses sources, de nombreux paragraphes sur le lien direct entre
l'Arabie Saoudite et certains membres d'Al-Qaeda ont été supprimés. |
|
Le
renseignement épinglé dans un rapport du Congrès.
La
commission d'enquête du Congrès sur les circonstances des attentats du 11
septembre 2001 publie jeudi un rapport très attendu qui devrait sévèrement
critiquer les carences des services du renseignement et renouveler les
interrogations sur le rôle de l'Arabie Saoudite.
Ce
document de 900 pages avec les annexes devant être rendu public à 14h00
locales fera une présentation très détaillée des nombreuses insuffisances,
notamment de la CIA, la centrale du renseignement et du FBI, la police
fédérale, que ce soit pour exploiter des indices importants ou coopérer.
«Je pense qu'il y avait des chances que nos services de renseignement,
travaillant ensemble, auraient pu mettre au jour le complot du 11 septembre
suffisamment tôt pour le faire échouer», a estimé jeudi matin le sénateur
démocrate Bob Graham qui présidait la commission du renseignement du Sénat
jusqu'à la fin 2002 et a joué un rôle clé dans la production du rapport.
«Cela aurait requis un peu de chance, mais je pense qu'il aurait été
possible d'éviter cette tragédie», a-t-il ajouté sur la chaîne de télévision
ABC.
Bob Graham, un des prétendants à l'investiture démocrate pour l'élection
présidentielle de novembre 2004 s'est également dit «très préoccupé du fait
que personne dans la communauté du renseignement n'ait encore été sanctionné
pour ces échecs» à déjouer les attentats du 11 septembre.
«Je
pense que le président George W. Bush devrait demander la démission de
George Tenet», le directeur de la CIA, a ajouté le sénateur de Floride.
Le sénateur républicain Richard Shelby, qui était jusqu'en décembre le
numéro deux de la commission du Renseignement du Sénat au côté de Bob
Graham, a pour sa part estimé que le secret n'a pas été suffisamment levé
sur le rapport publié jeudi.
«Beaucoup trop de choses ont été gardée secrètes» dans le document, «mais
vous savez, nous avons fait notre travail et avons essayé de faire lever le
voile du secret sur une plus grande partie du rapport, sans pouvoir obtenir
davantage», notamment sur le rôle joué par l'Arabie Saoudite dans le
financement des terroristes du 11 septembre, dont 16 étaient Saoudiens.
Plus de 28 pages du document consacrées à cette question ont été ainsi
laissées en blanc. «Cela aurait été peut-être embarrassant si le secret
avait été totalement levé sur ce sujet», a commenté le sénateur.
À la question de savoir si ces informations affecteraient les relations
entre les États-Unis et l'Arabie Saoudite, si elles étaient entièrement
publiées, Richard Shelby s'est borné à déclarer «qu'il ne pouvait le dire
car cela reviendrait pour lui à spéculer».
«Je peux seulement vous dire que je pense que le peuple américain doit
savoir qui est derrière le financement de nombreuses prétendues oeuvres
caritatives et derrière les fonds versés au terrorisme, car l'argent est la
clé des attaques terroristes», a-t-il dit.
En gardant confidentielle une partie du rapport «nous protégeons un
gouvernement étranger, mais le sénateur Shelby et moi-même ne pouvons le
révéler car cela est sous le sceau du secret», a commenté Bob Graham.
Eleanor Hill, responsable de l'équipe d'assistants parlementaires qui a
coordonné le rédaction du volumineux rapport, a récemment déclaré, sans
autre précision, qu'il y aurait «de nouvelles informations», à propos de
révélations faites l'an dernier au cours des neuf auditions publiques de la
commission d'enquête conjointe du Sénat et de la Chambre ainsi que de 13
sessions à huis clos.
Jean-Louis
Santini:Agence France-Presse Washington |
|
|
|
|
|
|