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World
Trade Center, derniers mots:
Coincés dans les
tours le 11 septembre 2001, ils demandent quoi faire. Leurs appels d'urgence
viennent d'être rendus publics.
«Je
suis au 28e, je descends. Garde ton sang-froid, Arlene. Pense à Jésus.»
Après
une bataille homérique menée par le New York Times, la Port Authority,
propriétaire du World Trade Center et responsable de la sécurité des
bâtiments, s'est résignée à rendre publiques les transcriptions des appels
d'urgence reçus le 11 septembre 2001. Environ 260 heures de conversations
hachées, d'où ressortent, palpables, l'angoisse et la confusion des
occupants des deux tours jumelles frappées par des avions détournés.
Ces enregistrements,
comprennent à la fois les appels téléphoniques de la Port Authority
(administration portuaire de New York et du New Jersey) et les échanges par
talkie-walkie entre ses employés.
«Opérations, ici Tony Savas, dit l'un d'entre eux, je suis coincé
dans l'ascenseur et des débris... De l'eau rentre, et de la fumée... Au 78e
étage World Trade Center n° 1, la cabine numéro 81-A. Pouvez vous trouver
quelqu'un pour ouvrir, s'il vous plaît ?» Une autre voix d'homme, à un
autre étage : «Il y a des douzaines de corps, des gens qui sautent du
toit du building. Des gens, des corps tombent du ciel.»
Personne ne comprend ce qui se
passe. Une rumeur, dans la première tour, évoque «un missile lancé depuis
l'immeuble Woolworth»... Au total, 2 792 personnes sont mortes ce
jour-là dans les deux tours. Parmi elles, 1 100 ont survécu à l'impact des
avions, mais n'ont pas réussi à sortir à temps avant que les tours ne
s'effondrent.
Conseils. La plupart des
personnes appellent pour demander des conseils d'évacuation. Mais les
services de sécurité sont désemparés. «On essaie de vous atteindre»,
dit ainsi un responsable de la sécurité à la responsable du Windows on
the World, restaurant qui se trouve au 106e étage au-dessus du point
d'impact de l'avion sans se douter que c'est impossible.
Certains conseils sauvent des
vies, d'autres s'avèrent mortels. Ainsi, lorsque le premier avion frappe la
première tour, un occupant du 92e étage de la seconde tour demande :
«On aimerait savoir si nous devons sortir, parce que nous savons qu'il y a
eu une explosion. Est-ce qu'on reste ou pas ?» L'officier de
sécurité, après s'être assuré de l'absence de fumée dans les locaux :
«A votre place, je resterais jusqu'à nouvel ordre.» «OK, très
bien», répond l'autre...
Les transcriptions des
communications par talkie-walkie témoignent aussi d'actes de pur héroïsme.
Dans son édition d'hier, le New York Times a pu ainsi reconstituer,
sur la base de ces transcriptions mais aussi des témoignages de survivants,
la journée de deux employés de la Port Authority, Frank De Martini et Pablo
Ortiz, qui ont sauvé la vie d'une cinquantaine de personnes coincées aux 88e
et 89e étages d'une tour, avant de perdre la leur.
Opposition. La
publication de ces 2 000 pages de documents n'est pourtant pas allée de soi.
Certaines familles, au nom du respect des morts, y étaient opposées. Le
New York Times, de son côté, a mené une campagne acharnée pour obtenir
ces transcriptions, et a fini par les obtenir en justice le 22 août. Le
quotidien compte s'en servir pour une édition spéciale qu'il prépare pour le
deuxième anniversaire du 11 septembre. La Port Authority s'est exécutée
contre son gré. «En général [ces transcriptions] montrent des gens
accomplissant leur devoir très héroïquement et très professionnellement, au
cours d'une journée d'une horreur inimaginable», commentait-elle jeudi
dans un communiqué, tout en invitant les médias à se garder de publier des
«détails horribles, gratuits ou personnels» qui affecteraient les
familles à l'approche de l'anniversaire de la tragédie. |
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«Nous
envoyons les pompiers dès que possible»
(AFP.)[30
août 2003] «Une explosion énorme», «peut-être un missile», «l'air se
réduit»...: le flot d'appels d'urgence émis le matin du 11 septembre 2001
depuis les tours du World Trade Center reflète le désarroi, le chaos,
l'incompréhension.
Sur ces 260 heures d'enregistrements, on retrouve les appels radio ou
téléphoniques des employés, visiteurs ou membres de la sécurité appelant à
l'aide, demandant des instructions, tentant de comprendre ou de décrire leur
situation.
«Nous avons une explosion sur
un des derniers étages. Nous ne savons pas s'il s'agit d'un avion ou d'une
bombe. Nous avons plusieurs blessés, nous évacuons le bâtiment», tente de
résumer au téléphone un officier de police de l'Autorité portuaire de
New York et du New Jersey.
Au même moment, les responsables de la maintenance: «Nous sommes coincés»,
dit l'un. «Où?» «88e étage... Un avion s'est écrasé... ou un hélicoptère.»
Sur la radio, un policier: «Nous avons tant de blessés, de gens qui sautent
des fenêtres.» Un autre: «Nous avons plusieurs personnes coincées dans leurs
bureaux.»
Toutes les suppositions sont émises. «On dit qu'un missile a peut-être été
lancé du gratte-ciel Woolworth», dit un homme. «Un troisième avion serait en
train de viser le Centre», dit un lieutenant. «Ils viennent de confirmer
qu'il s'agit de terroristes», entend-on ailleurs. Autant de conversations
sans cesse coupées ou rendues inaudibles par des sirènes.
Il y a aussi le restaurant
Windows on the World, au sommet de la tour nord. Une responsable à la
police: «Bonjour, nous attendons toujours des instructions, nous avons des
clients.» «Combien?» «Entre 75 et 100.» «Nous... nous envoyons des policiers
et des pompiers, et nous évacuons dès que possible.» «Mais vous ne pouvez
pas, la cage d'escalier est...»
«Quel temps estimez-vous devoir mettre pour venir?», reprend la responsable.
«Madame, dès que possible», lui répond le policier. L'échange s'arrête.
Avant de reprendre plus tard. «Bonjour, c'est encore Windows on the World,
au 106e. La situation se dégrade... Nous avons... L'air se réduit
rapidement, je n'exagère pas.» «Madame je sais que vous n'exagérez pas. Nous
envoyons les pompiers dès que possible», répond le policier.
«Que faut-il faire pour l'air?» «Madame, les pompiers...» «Pouvons-nous
briser une vitre?» «Vous pouvez faire tout ce que vous pouvez.» Le dialogue
s'arrête de nouveau, pour de bon. 79 personnes trouveront la mort à cet
étage.
Des familles ont exprimé jeudi
l'espoir que ces enregistrements soient instructifs.
«Je n'ai toujours pas idée de la manière dont les événements se sont
succédé», explique Sally Regenhard, qui a perdu son fils, pompier, et a fait
la queue avec les journalistes pour obtenir une copie.
Nikki Stern, qui a perdu son mari, est moins optimiste: «Cela va rouvrir
d'anciennes blessures et je ne suis pas sûre que cela nous apporte beaucoup
d'informations.»
Pour Gus Danese, président de l'Association de la police de l'Autorité
portuaire, «ces transcriptions seront remises aux médias avant que les
membres des familles aient pu les voir. C'est injuste.» «Ce calendrier est
terrible. On arrive au 2e anniversaire, qui à lui seul rouvre les plaies.
Cette publication ajoute à la douleur», a-t-il expliqué. |
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