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Les Américains souffrent 1 000
morts
Le conflit en Irak, le plus meurtrier depuis le
Vietnam.
Aux
Etats-Unis, les visages des morts de la guerre d'Irak ne sont plus tabous. Lorsqu'une émission de télévision, Nightline sur la chaîne ABC,
avait décidé pour la première fois, fin avril, de les montrer un par un,
cela avait créé un mini scandale. A l'époque, on célébrait les 500 premiers
morts. Un réseau de télévision, Sinclair Broadcast Group, avait refusé de
diffuser l'émission, accusant ses auteurs d'avoir des «arrière-pensées
politiques» et de chercher à
«miner les efforts des Etats-Unis en Irak».
Mardi, le cap des 1 000 morts depuis le début de la guerre a été
franchi. Leurs visages, coiffés pour la plupart d'une casquette ou d'un
calot, apparaissent désormais régulièrement dans les journaux, à la
télévision, parfois sur les murs des villes. Ce sont des jeunes gens, mais
pas seulement. Si la moitié ont moins de 24 ans, 12 % ont plus de 34 ans.
Des hommes, dans 97 % des cas. En termes de couleur de la peau, ils sont à
l'image de la société américaine : 70 % de Blancs, 13 % de Noirs, 12 %
d'Hispaniques. On compte 750 morts au combat, mais aussi 45 noyades, 11
crises cardiaques, 7 électrocutions. Et 24 suicides, dont on parle peu.
En face, combien d'Irakiens ? Personne n'en sait trop rien, le
décompte officiel n'ayant commencé que depuis quelques mois. Un groupe de
d'experts indépendants basé à Londres, The Body Project, estime que le
nombre de civils irakiens tués dans le conflit se situait mardi entre 11
783 et 13 802.
Hommages.
Au Pentagone, mardi, le secrétaire à la Défense,
Donald Rumsfeld, a rendu hommage «au courage et au sacrifice» des 1
000 tués, tout en prédisant une accélération de la violence à l'approche
des élections irakiennes, en janvier. Le candidat démocrate à la
présidence, John Kerry, a publié de son côté un communiqué pour marquer ce
«cap tragique» : «Nous devons, vis-à-vis de toutes nos troupes,
répondre à notre obligation sacrée de faire tout ce que nous pouvons pour
prendre les bonnes décisions en Irak, afin de les rapatrier le plus vite
possible.» Depuis le début de la semaine, Kerry cherche à reprendre
l'offensive en critiquant la gestion du conflit irakien. |
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Mille
morts américains et pas de paix à l'horizon.
La barre symbolique des 1 000 soldats
américains tués a été franchie.
"Des soldats américains ont été tués, deux Italiennes ont été
enlevées et les avions de la coalition ont bombardé une enclave sunnite à
Falloudjah, le mardi 7 septembre. Rien d’extraordinaire pour un jour de
guerre. Sauf que les chiffres parlent. Le compte des pertes dressé par
l’agence Associated Press a établi ce matin que 1 000 soldats américains ont
été tués en Irak, sans parler d’une centaine de soldats de la coalition et
de milliers de civils irakiens. Par ailleurs, des milliers d’autres ont été
blessés", rappelle le Los Angeles Times.
Le chiffre des 1 000 morts a été dépassé. "Quatorze soldats ont été tués en
deux jours. Cela illustre les dangers que rencontrent encore les forces
américaines, même à Bagdad", estime The Washington Post. "Trois soldats ont
été tués dans différents assauts à Bagdad mardi ; quatre, lundi, près de la
capitale, en plus des sept marines tués dans une attaque à la voiture piégée
dans la ville rebelle de Falloudjah", détaille le journal américain. "La
bataille la plus importante s’est produite dans le quartier de Sadr City, à
Bagdad, où des miliciens fidèles de l’imam chiite radical Moqtada as-Sadr
ont tendu une embuscade aux patrouilles américaines. Deux Américains et
33 Irakiens ont été tués dans ces combats. Les affrontements ont mis fin à
une accalmie de neuf jours", précise le quotidien. "Cela soulève également
des doutes quant à la volonté de l’imam de renoncer au militantisme et de
participer au processus politique embryonnaire", commente le Post.
Face à cette flambée de violence, Donald Rumsfeld a déclaré que
"l’activité de la rébellion risque de s’intensifier dans les mois prochains,
à l’approche des élections. Nous devons continuer à combattre le terrorisme
en dépit des sacrifices", a ajouté le ministre de la Défense américain lors
d’une conférence de presse au Pentagone. Il a minimisé le franchissement de
la barre des 1 000 morts en affirmant qu’"en considérant l’ensemble des
pertes américaines dans le monde liées à la guerre contre le terrorisme,
nous avons déjà perdu bien plus qu’un millier de citoyens. Et nous honorons
le courage et le sacrifice de chaque homme et femme en uniforme qui a servi
ou sert actuellement en Irak", a-t-il insisté. "Contrairement à son
habitude, Rumsfeld a donné une estimation du nombre de criminels,
terroristes et anciens membres du régime de Saddam Hussein tués le mois
dernier, informant que ce chiffre était 'probablement' de 1 500 à
2 500 morts", relate le Post.
"Le Pentagone a reconnu que la rébellion contrôlait d’importants territoires
dans le centre de l’Irak et qu’il était difficile d’établir si les forces
américaines et irakiennes allaient être capables de sécuriser ces zones",
ajoute The New York Times. Pour le quotidien américain, "Rumsfeld a admis
que les Américains n’ont pas réussi à étouffer une rébellion de plus en plus
organisée dans les zones sunnites et dans certaines enclaves chiites".
Ainsi, "l’inquiétude monte quant à la possibilité d’organiser des élections
pacifiques, les zones sunnites paraissant difficiles à maîtriser d’ici à
janvier 2005. Il semble impossible de mettre en place un scrutin national
légitime", estime le NY Times.
"Où s’arrête la mission des Américains ?" s’interroge de son côté le Los
Angeles Times, très en colère face à la détérioration de la situation.
"Pourquoi le personnel américain continue-t-il à mourir ? Que disent les
commandants à leurs soldats quand ils les envoient patrouiller dans ces rues
fatales ?" s’emporte l’éditorialiste. "Les Américains ne gagneront pas une
guerre d’usure", s’inquiète le journal californien. "L’armée d’occupation se
doit de reconstruire ce qu’elle a détruit, mais les troupes ont aussi besoin
d’une mission clairement définie", ce qui n’est pas le cas des soldats
américains, estime le LA Times. "Jusqu’à quand les troupes
américaines sont-elles censées reconstruire ? Doivent-elles installer la
démocratie ? Ou alors les Américains se contenteront-ils de n’importe quelle
forme de stabilité politique, même si ce sont les religieux radicaux qui
gouvernent ? Une telle issue était impossible à envisager lorsque les
troupes sont entrées pour la première fois à Bagdad, mais aujourd’hui elle
est sérieusement débattue", rappelle l’éditorial. "D’autres Américains vont
mourir. Les soldats méritent de savoir, alors qu’ils se trouvent en face de
snipers et de voitures piégées, ce qu’ils sont supposés accomplir à ce
prix." Hamdam Mostafavi |
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